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Le Norway Chess se joue à dix ; et à la fin c'est toujours Magnus qui gagne
Malgré de nombreux rebondissements, le champion du monde a fini par sécuriser un nouveau sacre sur ses terres. Photo : Maria Emelianova/Chess.com.

Le Norway Chess se joue à dix ; et à la fin c'est toujours Magnus qui gagne

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Notre titre trace la parallèle entre échecs et football, un sport qui passionne d'ailleurs Magnus Carlsen. Célèbre supporter du Real de Madrid, le champion du monde est également habitué à briller en Fantasy League quand il n'est pas occupé à dribbler ses adversaires sur l'échiquier. Sa domination récurrente en Norvège méritait bien que l'on paraphrase le célèbre commentaire de Gary Lineker (footballeur anglais) :  "Le football est un jeu simple. Vingt-deux hommes courent après un ballon pendant 90 minutes et à la fin, ce sont toujours les Allemands qui gagnent".

Néanmoins, l'édition de cette année s'est révélée passionnante et pleine de suspens. Après avoir été contraint au partage du point par Veselin Topalov, Carlsen devait attendre la conclusion de la partie entre les deux GM azéris, Shakhriyar Mamedyarov et Teimour Radjabov. Le premier nommé, fort des pièces blanches, pouvait ravir les lauriers au norvégien en cas de succès mais son attaque pourtant prometteuse ne lui a rapporté pas mieux que la nulle.

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Les parties du tournoi sont disponibles sur notre page dédiée sur Chess.com/events.

Récapitulatif des points marquants de cette année :

  1. Carlsen s'est imposé pour la cinquième fois.
  2. Mamedyarov est passé tout près de mettre fin à l'hégémonie du norvégien après une remontée impressionnante dans les dernières rondes.
  3. Viswanathan Anand a signé un retour incroyable aux échecs classiques, menant le tournoi une partie du temps et manquant d'un cheveu de battre Carlsen dans leur affrontement.
  4. Aryan Tari, remplaçant de dernière minute, a très bien figuré.
  5. Les difficultés rencontrées par Radjabov et Wang Hao montrent que le retour triomphal d'Anand est quelque chose de vraiment extraordinaire.
  6. L'originalité du format a porté ses fruits, produisant un certain nombre d'Armageddon vraiment fascinantes après quelques parties classiques ennuyeuses.

Je pourrais facilement en ajouter d'autres à la liste. N'hésitez d'ailleurs pas à mentionner les vôtres dans les commentaires ci-dessous. 

Topalov-Carlsen

Comment Carlsen devait-il aborder cette partie ? Jouer solidement et espérer que des occasions se présentent ? Ou opter pour quelque chose de plus tranchant afin de forcer un combat sur l'échiquier où il devrait pouvoir prendre le dessus sur un Topalov sorti de sa retraite ? Après tout, qu'allait-il se passer dans le duel entre les amis azéris ?

Le champion du monde a choisi la première approche. Dans une Italienne, Topalov a joué solidement tandis que Carlsen s'est efforcé de créer des déséquilibres sans prendre trop de risques.

La partie ne s'est jamais éloignée de l'égalité. Ce sont même les blancs qui ont demeuré dans l'ensemble marginalement mieux sans que la nulle ne fut jamais remise en cause.

Topalov s'est montré solide face au champion du monde. Photo : Maria Emelianova/Chess.com.

Dans l'Armageddon, Topalov a, comme il a pris l'habitude de le faire, répété son ouverture de la partie classique. Carlsen a égalisé assez facilement. Cependant, après avoir commis quelques erreurs aux coups 22 et 23, il a permis aux blancs de jouer le fort b2-b4, leur donnant un clair avantage.

L'ascendant de Topalov s'est évaporé lorsqu'il a oublié une petite combinaison de son rival, suffisante pour assurer la nulle avec les noirs, synonyme de demi-point bonus.

Après la conclusion de la partie Mamedyarov-Radjabov, Carlsen a tweeté avec insolence :

Tout le monde dit toujours que c'est super pour les échecs quand je ne gagne pas.

Donc aujourd'hui était une autre mauvaise journée.

Mamedyarov-Radjabov

La veille, Anish Giri avait annoncé que Carlsen avait déjà gagné le tournoi parce que Mamedyarov et Radjabov font toujours nulle.

Il semblait que quelqu'un avait oublié de le dire à Mamedyarov car il s'est clairement mis en position d'arracher la couronne de la tête du roi Magnus et de se placer sur le trône des échecs de Norvège.

Mamedyarov a pris ses responsabilités face à son compatriote. Photo : Maria Emelianova/Chess.com.

Sur une Catalane, Mamedyarov a sacrifié le pion c4 et s'est impitoyablement évertué à attaquer le roi noir en envoyant d'abord son pion h, puis en sacrifiant une qualité. Dire que cela paraissait effrayant pour les noirs est un euphémisme. Mamedyarov a martelé le roque de Radjabov à grands coups de massue tandis que ce dernier s'est défendu avec une étonnante vigueur, compte tenue de sa détresse à la pendule.

Déçu, Mamedyarov a dû se contenter de la nulle. Photo : Maria Emelianova/Chess.com.

Quelle bataille titanesque ce fut entre les deux géants azéris ! Les amateurs d'échecs que nous sommes souhaiteraient qu'ils soient un peu moins amicaux et moins enclins à la nulle lorsqu'ils se rencontrent.

Chess.com Game of the Day Dejan Bojkov

L'Armageddon n'avait en revanche plus grand intérêt, faute d'enjeu véritable. Mamedyarov a joué de façon désabusée et Radjabov a facilement pris le dessus avant de se contenter de répéter les coups plutôt que d'enfoncer le clou.

Tari-Anand

Ces deux joueurs pouvaient se montrer satisfaits de leur performance globale. Personne ne s'attendait à ce que Tari termine ailleurs qu'en dernière position, mais il a réalisé un excellent tournoi. Quant à Anand, il n'avait pas joué de classique récemment et a pourtant longtemps mené le tournoi. S'il avait battu Carlsen, il l'aurait même emporté !

Les rencontres de la dernière ronde comme celle-ci se terminent souvent de manière relativement pacifique.  

Aryan Tari durant son interview d'après-partie. Photo : Maria Emelianova/Chess.com.

Sans surprise, c'est ce qui s'est produit dans une Ruy Lopez, où une élégante combinaison a rapidement forcé la nulle par échec perpétuel.

Pour l'Armageddon, Tari a changé d'arme, passant à l'Italienne. Anand a bien réagi, pris l'initiative et forcé son rival à échanger les dames pour calmer le jeu.

Puis après une série de longues manœuvres, le Tigre de Madras a commencé à jouer de manière imprécise jusqu'à commettre une grosse gaffe au 39ème coup. La joie pour Tari fut de courte durée puisqu'il a rendu la politesse à son adversaire dans la foulée.

Le champion indien a montré sa technique sans faille. Photo : Maria Emelianova/Chess.com.

Finalement, dans une finale de tours nulle théorique avec deux pions de plus mais doublés, Tari a fini par perdre au temps ; une nulle aurait de toute façon abouti au même résultat mathématique :

Wang-So

Contrairement aux protagonistes du duel évoqué juste au-dessus, Wang Hao et Wesley So pouvaient être déçus de leur tournoi. Le GM américain avait bien commencé mais s'est effondré à mi-parcours tandis que le joueur chinois, sorti de sa retraite, a endossé le rôle de lanterne rouge.

Leur partie classique a été la plus ennuyeuse de la ronde. Disons simplement qu'aucun des deux camps n'a fait beaucoup d'efforts pour gagner :

Dans l'Armageddon, après de nombreux rebondissements, So a finalement redoré quelque peu le blason des pièces noires, souvent mises à mal dans cette épreuve durant la compétition :

Vachier-Lagrave–Giri

Techniquement parlant, MVL était toujours en lice pour la première place si Carlsen et Mamedyarov perdaient tous les deux, mais, bien sûr, personne ne s'attendait à une telle issue. Contre le néerlandais Giri, il tenta donc de mettre la pression sans prendre le risque de gâcher un tournoi vierge de défaite en classique.

Pour cela, il a sorti le Rossolimo en réponse au surprenant 2...Cc6 de son adversaire (Giri n'aime-t-il plus la Najdorf ?). Ce dernier a ensuite, d'une manière presque Carlsenesque, opté pour 5...h6 qui n'avait été joué qu'une seule fois auparavant. Clairement, Giri n'était déterminé ni à débattre de la Najdorf avec le grand prêtre de la religion Najdorf lui-même, ni à dévoiler ses cartes sur la Rossolimo. 

Néanmoins, Giri a égalisé rapidement et l'équilibre n'a jamais quitté l'échiquier. Au 32ème coup, les joueurs se sont logiquement mis d'accord sur la nulle :

Pour l'Armageddon, Giri a choisi 2...d6, invitant cette fois peut-être à une Najdorf, ou bien un Dragon ? Cependant, MVL lui a ensuite répondu par 4.Dxd4, suivi de 5.De3, une approche devenue plutôt populaire. Giri a réagi avec sang-froid, égalisé en douceur et profitait même d'un léger avantage en début de milieu de jeu.

MVL a conclu son tournoi par une bonne note. Photo : Maria Emelianova/Chess.com.

Mais à mesure que le temps diminuait, les erreurs ont commencé à apparaître des deux côtés. Honnêtement, trop ont été commises pour les résumer en quelques phrases, disons alors que Giri a commis la dernière pour permettre à Maxime de l'emporter :

Classement final

Toutes les parties de la ronde 9

Le Norway Chess 2022 s'est déroulé du 31 mai au 10 juin 2022. L'événement consistait en un toutes rondes de 10 joueurs à la cadence classique de 120 minutes pour la partie avec un incrément de 10 secondes par coup après le 40ème coup. Le système de notation était de trois points pour une victoire au lieu d'un seul habituellement. En cas de nulle, les concurrents disputaient un Armageddon où le gagnant marquait 1,5 point et le perdant 1 point. La dotation était de 2,5 millions de couronnes norvégiennes (NOK).


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