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Superbet Chess Classic de Roumanie - R8 : Aronian miraculé
Aronian, lui-même surpris par l'audace de son évasion du jour. Photo : Lennart Ootes / Grand Chess Tour.

Superbet Chess Classic de Roumanie - R8 : Aronian miraculé

chansen64
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Pour la huitième ronde du Superbet Chess Classic, jouée un vendredi 13, on s'attendait légitimement à des parties sanglantes. Las, une seule partie ne se terminait pas par la nulle, celle de Leinier Dominguez, qui profitait d'une énième erreur de Shakhriyar Mamedyarov, en grande difficulté sur ce tournoi.

Les autres parties étaient toutes jouées jusqu'à l'épuisement total des forces en présence. L'évènement du jour était sans nul doute la ressource de nulle digne d'une étude trouvée par Levon Aronian pour se sortir in-extremis d'un mauvais pas face à Ian Nepomniachtchi.

Résultat des courses : à l'aube de la dernière ronde, les américains Levon Aronian et Wesley So restent co-leader avec 5/8, tandis que Maxime Vachier-Lagrave demeure en embuscade à un demi-point.

La dernière ronde commencera une heure plus tôt qu'habituellement, samedi 14 mai à 13 heures, heure de Paris. Un départ anticipé qui laissera du temps pour jouer un éventuel départage rapide après la partie classique.

Comment regarder ?

Vous pouvez suivre le Grand Chess Tour 2022 sur la Chess.com/TV ou sur notre chaîne Twitch. Vous pouvez également accéder à toutes nos retransmissions en direct sur YouTube.com/ChesscomLive.

Vous pouvez également retrouver l'évènement commenté en français en direct tous les jours par Kévin Bordi sur sa chaine où il se focalise sur nos deux représentants tricolores, Firouzja et MVL.

Ne ratez rien des parties du Superbet Chess Classic de Roumanie sur notre page dédiée sur Chess.com/events.

Le tournoi ayant été particulièrement agité, il nous ferait presque oublier les nombreux tournois d'élite où s'enchaînent les nulles fades. A Bucarest, même les journées les plus calmes nous proposent des parties excitantes et très disputées.
Le héros local Bogdan-Daniel Deac a réalisé un tournoi en dents de scie, mais globalement excellent. Après avoir capitalisé sur une énorme erreur de Richard Rapport pour passer dans le positif, il craquait à son tour et repassait à l'équilibre, un résultat qui reste honorable dans un contexte aussi relevé. Deac a prouvé qu'il faudra compter sur lui au plus haut niveau à l'avenir.

Ce vendredi, il affrontait Maxime, qui a également profité plus tôt d'une grosse gaffe du fantasque hongrois. Le GMI français, à un demi-point des leaders et avec les pièces blanches face au plus petit Elo de la compétition, espérait bien sûr beaucoup de cette partie. Notre frenchie ne ressentait pas le besoin de tester à nouveau 1.d4, et revenait aux sources avec 1.e4. Le roumain optait pour la défense russe, sans doute motivé par la curieuse expérience de Maxime (Cd3!?) dans cette ligne lors de la première ronde.

MVL se retrousse les manches : au boulot ! Photo : Lennart Ootes / Grand Chess Tour.

Cette fois, les blancs restaient sur les chemins connus jusqu'au coup 11.Fe3, qui déviait de la grande ligne avec 11.Cc3, déjà vu deux fois dans la pratique de Maxime et l'année passée au championnat du monde.

Deac, pas impressionné, égalisait facilement. A l'approche du contrôle de temps, sans pression particulière à la pendule, il esquivait avec assurance les tentatives du français du compliquer la position. La majorité des pièces s'échangeaient alors rapidement.

En grande forme, Deac a contenu MVL sans difficulté apparente. Photo : Lennart Ootes / Grand Chess Tour.

La finale de tours qui s'ensuivit était très clairement nulle, et les deux hommes se serraient bientôt la main.

Décevant pour Maxime, mais il faut reconnaître que ce jeune roumain joue bien. D'ailleurs, lorsqu'on lui demandait ce qu'il avait prévu de faire contre Fabiano Caruana demain, il répondait simplement "bien jouer". Une réponse lapidaire et d'une logique implacable.

Quand on parle du loup : Caruana jouait aujourd'hui avec les pièces blanches contre la lanterne rouge Rapport, qui doit n'avoir qu'une hâte : rentrer à la maison et préparer ses deux prochains tournois, le Norway Chess et le Tournoi des Candidats, qui commencera le 16 juin à Madrid. Un programme chargé, particulièrement quand tout ne passe pas comme prévu sur l'échiquier...

Rapport devra opérer un "reset mental" avant les prochaines échéances. Photo : Bryan Adams / Grand Chess Tour.

Dans une sicilienne quatre cavaliers, le hongrois choisissait la ligne qu'il avait déjà joué face à Alireza Firouzja plus tôt dans le tournoi. Il ne variait qu'au huitième coup, entrant dans une ligne que Caruana avait déjà affronté lors de Grand Suisse de Riga l'année dernière.

L'américain choisissait la grande ligne 9.c4, offrant aux blancs un avantage d'espace visuellement impressionnant. Cependant, la pratique des maîtres a montré que les noirs avaient d'excellentes chances de contre-jeu dans ces positions.

Rapport jouait bientôt le douteux 13...Db5?, et sa position passait de "légèrement passive" à "très passive". Mais Fabiano peinait à trouver l'organisation idéale, et laissait filer l'avantage.

Caruana n'a pas su capitaliser sur son avantage. Photo : Bryan Adams / Grand Chess Tour.

Ce n'était cependant qu'après le coup 24.Dxa6? de l'italo-américain que les noirs parvenaient réellement à égaliser. Le hongrois trouvait deux coups précis, et même si la position blanche semblait encore meilleure, le contre-jeu noir leur permettait de conserver l'équilibre. Finalement, les pièces s'échangeait et la nulle s'imposait bientôt comme une évidence.

Dominguez avait remporté sa première victoire du tournoi il y a deux rondes en retournant une position inférieure face à Deac. Aujourd'hui, il affrontait Mamedyarov, en pleine montagnes russes cette semaine.

Comme souvent dans ce tournoi, le gambit dame était accepté, et l'azéri tentait la variante avec 7.b3, très à la mode à Bucarest. Comme d'habitude, le cubano-américain déroulait une préparation calibrée et égalisait rapidement. Dans le milieu de partie, les joueurs commençaient lentement mais sûrement à échanger les pièces, se dirigeant conjointement vers une nulle solide.

La stratégie ambitieuse de Leinier Dominguez a payé. Photo : Lennart Ootes / Grand Chess Tour.

Mais Mamedyarov se montrait un peu trop ambitieux dans une position qui ne semblait pas favoriser les blancs. Il poussait ses pions de l'aile roi pour déstabiliser le cavalier adverse, mais ce faisant, affaiblissait son roque.

Une décision risquée, car l'on sait depuis des siècle que le tandem dame-cavalier est plus efficace en attaque que son pendant dame-fou. Dans cette position particulière, la triste position du fou c4 exacerbait ce déséquilibre.

Pourtant, ce n'est qu'en zeitnot que la balance allait pencher du côté noir. Au 39ème coup, il apparaissait clairement que le roi blanc était en grande difficulté.

Tournoi difficile pour Mamedyarov, qui n'a pas su continuer sur sa lancée de la ronde 7. Photo : Bryan Adams / Grand Chess Tour.

Comme nous l'avons vu à plusieurs reprises cette semaine, c'est juste après le contrôle de temps que se font les plus grosses gaffes. Cette partie n'échappait pas à la règle, la dame de Mamedyaarov s'en allant chasser des fantômes sur l'aile roi, oubliant la défense de son propre monarque.

Quelques coups tard, les blancs jetaient l'éponge. Dominguez revient à l'équilibre, tandis que "Mame" retourne dans les tréfonds du classement, où il aura passé la majorité de son tournoi.

D'excellente humeur après une très belle victoire contre Dominguez la veille, Firozuja avait annoncé son intention de jouer pour le gain contre So, et ce malgré le handicap des pièces noires. L'américain, de son côté, expliquait après la partie qu'il était difficile de se préparer face au jeune français, qui a très peu joué ces derniers temps, que ce soit en tournoi ou en ligne.

Cependant, Firouzja ayant choisi l'est-indienne contre Deac un peu plus tôt, Wesley s'était intéressé à des lignes que l'ordinateur considère comme excellentes pour les blancs dans cette ouverture.

Mais devant l'échiquier, ce n'est pas la même limonade ! L'américain se dégonflait et optait pour la variante d'échange, connue pour être très annulante. Un choix qui frustrait visiblement le numéro un français.

So n'a offert à son jeune rival aucune chance de jouer pour le gain. Photo : Lennart Ootes / Grand Chess Tour.

Les deux hommes jouaient précisément, et les pièces s'échangeaient les unes après les autres. Finalement, la nulle devenait inévitable. Pas la partie la plus intéressante, du jour, mais c'est ce qu'il se passe quand vous annoncez vouloir battre l'ultra-solide Wesley So !

Challenger pour le titre mondial, Candidat cette année, Nepomniachtchi a eu des problèmes dans ce tournoi. La plupart, de son propre fait. Le russe joue trop vite et de manière brouillonne lorsque la position requiert de la patience et une concentration extrême. A la ronde huit, cette désinvolture lui a couté la victoire, puis la nulle face à Mamedyarov.

Aronian a fait le parcours inverse, gagnant de bonne parties et jouant sa chance à fond, par exemple face à Firouzja. Toujours co-leader, l'arménien avait tout à perdre aujourd'hui.

Nepo choisissait l'italienne, très à la mode ces derniers temps face à 1...e5. Une ouverture qu'Aronian a l'habitude d'affronter.

Jusqu'au 11ème coup, les deux hommes suivaient la partie Nepomniachtchi-Mamedyarov, jouée lors de ce même tournoi. Levon choisissait alors de prendre en d3 plutôt que de jouer 11...Rh8. Rien de neuf sous le soleil pour lui, qui avait déjà joué ce coup face à MVL en 2019 et Dominguez en 2021. Le GMI russe évitait les lignes connues avec le coup 15.De4, et Aronian dégainait la première nouveauté avec 16...Fe7. Un coup qui semblait égaliser, mais qui était suivi d'une imprécision qui donnait l'initiative aux blancs.

Le néo-américain forçait une finale tour et cinq pions contre fou cavalier et quatre pions. Plus facile à décrire qu'à défendre !

Un peu trop fast & furious, Nepomniachtchi laisse encore filer une victoire qui lui tendait les bras. Photo : Lennart Ootes / Grand Chess Tour.

Les deux hommes jouaient si vite qu'on se demandait s'ils n'avaient pas un train à prendre. Pourtant, pas de gare à l'horizon... Cette vitesse de jeu semblait complètement irresponsable.

Aronian laissait le russe progresser, et se retrouvait bientôt avec un mal de crâne carabiné. Las, son adversaire jouait à nouveau trop vite, laissait Levon s'en sortir. Mais pourquoi réfléchir et prendre une nulle quand on peut blitzer et gaffer à nouveau ? C'était l'option choisie par Aronian qui commençait finalement à réfléchir vraiment alors que sa position n'était déjà plus sauvable.

Il allait malgré tout réussir un tour de magie, et leurrait le russe, qui se retrouvait bientôt face à une forteresse. Une finale qui rappelle celle ayant opposé Sam Shankland à Anish Giri à Wijk aan Zee en 2019. L'américain avait alors abandonné dans une position encore sauvable !

Les miracles existent, il suffit d'avoir le talent d'Aronian pour les faire fonctionner... Photo : Lennart Ootes / Grand Chess Tour.

Aronian parvenait donc à s'en sortir de manière encore plus miraculeuse que face à Firouzja quelques jours plus tôt. Si cela ne vous donne pas envie de résoudre des études, je ne sais pas ce qui pourra vous motiver ! Une perle de la part d'Aronian, et une nouvelle déception majuscule pour Nepomniachtchi.

Chess.com Game of the Day Dejan Bojkov

La partie du jour, analysée par le GMI Dejan Bojkov

Classement après la ronde 8

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