Fous contre Cavaliers : Le combat éternel
Rivaux à jamais

Fous contre Cavaliers : Le combat éternel

Silman
IM Silman
19 oct. 2017 à 00:00 |
80 | Milieu de jeu

Le membre de Chess.com dudejan m'a écrit :

J'ai toujours du mal à trouver les bonnes cases pour développer mes fous. Je comprends bien le concept des cases fortes pour les cavaliers, et je sais qu'en plaçant un cavalier derrière un pion, on renforce le contrôle d'une case. Mais je ne comprends pas comment valoriser les fous de la même manière. La principale raison, c'est que quand il faut développer son fou, on ne sait pas encore vraiment quelles diagonales vont s'ouvrir. Par exemple, lorsque je joue les blancs, développer le fou de cases noires sur e3, f4 ou g5 semble logique, mais je n'ai pas de système faible me permettant de déterminer laquelle de ces trois cases est la meilleure.

SILMAN :

Au lieu de ne prendre en compte que les fous, je vais également évoquer certaines bases du jeu de cavalier, car les deux pièces sont indissociables. Après tout, ne sont-elles pas en permanence comme chien et chat ?

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Dans l'absolu, les "pouvoirs" de chaque pièce sont assez faciles à comprendre : 

  • Le fou est une pièce à longue portée, le cavalier non.
  • Le cavalier ne peut pas se téléporter à l'autre bout de l'échiquier, mais il peut atteindre toutes les cases, quelque soit leur couleur. Le fou, lui est coincé à tout jamais sur 32 cases seulement.

Voici un exemple de cavalier se régalant de son accès illimité aux quatre coins de l'échiquier :

ALLONS UN PEU PLUS LOIN

  • Les cavaliers ne sont jamais plus fort que lorsqu'il occupent un "trou" dans la position adverse (une case dont ils ne peuvent être repoussés par un pion).
  • Les cavalier sont des pièces défensives, jusqu'à ce qu'ils atteignent la quatrième rangée (ce qui est une bonne chose), la cinquième (ce qui les rend aussi bons, voire meilleurs que des fous), et la sixième (l'avant-poste ultime). Idéalement, un cavalier sur ces rangées se positionne sur une case forte. Mais ce n'est pas toujours nécessaire.

Ce cavalier sur la quatrième profite d'une très belle case forte

Ce cavalier sur la cinquième a fière allure !

Ce cavalier sur la sixième est Tout-Puissant

  • En l'absence de cases fortes, le cavalier peut tout de même trouver une jolie case avancée, d'où il ne pourra être chassé qu'au prix d'un affaiblissement.

Un cavalier perché sur f5

  • Les fous sont des pièces plus simples à manier. Il suffit de les placer sur une belle diagonale ouverte, leur mettre une cape de super-héros, et le tour est joué ! Bon d'accord, ce n'est pas aussi simple... Le fou doit parfois également assurer certaines tâches défensives, ou peut s'avérer plus fort sur une petite diagonale. Je n'ai jamais dit que les échecs étaient un jeu simple !
  • Chaque position a ses secrets, à vous de les débusquer !

Un fou à lier !

ALLONS ENCORE PLUS LOIN

  • Le fou est généralement inférieur au cavalier lorsqu'il ne reste des pions que sur une aile. Pourquoi ? parce que la longue portée du fou devient inutile, alors que la capacité du cavalier à explorer toutes les cases devient extrêmement importante. Il peut chasser un roi, harceler ou capturer un pion sur n'importe quelle case, et se déplacer rapidement à travers l'échiquier vide.

Voici un exemple, certes un peu excessif, mais qui illustre parfaitement mon propos :


Si tous les pions restants sont concentrés sur une aile, mais qu'un camp a deux fous contre deux cavaliers, les fous voient leur puissance multipliée exponentiellement, car en paire, ils ont soudain accès à tout l'échiquier.

LES CAVALIERS SONT SOUPLES

Comme le cavalier peut déambuler sur l'ensemble du plateau, il est plus souple que le fou. Dans l'exemple que je vous propose ci-dessous, Fischer met tous ses pions sur cases noires. Le fou de cases blanches des blancs se retrouvent au chômage technique. Remarquez également que le roi blanc ne peut pénétrer la position blanche, car les cases c4 et d4 sont couvertes. Les blancs vont assister, impuissants, aux manœuvres noires. Ils auraient pu annuler, mais à force de défendre, Damjanovic a fini par craquer.



Dans cette autre partie issue du même tournoi, les cavaliers sont utilisés de manière totalement différente :



PARLONS UN PEU DES FOUS !

Dudejan veut savoir où placer ses fous. En général, c'est assez simple. Il suffit de suivre deux règles : regarder la structure de pion, et leur donner une cible.

Voici un aperçu de mon propos :

Passons à une décision un peu plus compliquée à prendre :

En général, les noirs ont deux manières d'activer ce fou (maintenant ou plus tard) : ...Fc8-d7-e8-h5 (pour sortir le fou de la chaîne de pions) ou ...b6 et ...Fb7 suivi éventuellement de ...c6 pour attaquer le centre blanc et déchaîner la puissance du fou de cases blanches le long de la diagonale h1-a8.

Vous en voulez encore ? Très bien. J'appelle Mr. Fischer à la rescousse.


La dernière partie que je vous propose aujourd'hui est une véritable ode aux petites avantages. Les blancs gagnent la paire de fous, puis occupent un maximum d'espace. Ensuite, Il n'y a plus qu'a créer un pion passé. Suffisant pour mettre Fine à genoux. 

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