Les trois pires insultes échiquéennes

Les trois pires insultes échiquéennes

GM Gserper
17 sept. 2017 à 00:00 |
125 | Autres

La Coupe du monde 2017 est un des événements échiquéens les plus importants de l'année, une véritable bénédiction pour les aficionados des échecs. Elle amène même parfois les média traditionnels à s'intéresser aux échecs, eux qui l'ignorent la plupart du temps. Malheureusement, cette année, les média s'y sont intéressés pour les mauvaises raisons. Toutes les belles parties et les résultats surprenants ont été passé sous silence, éclipsés par un bien triste incident.  

Je suis sûr que vous avez déjà lu des dizaines d'articles sur le sujet, de la part de professionnels et de non-professionnels, vous savez donc que la grande majorité d'entre eux ont condamné la manière dont le GMI Kovalyov a été traité.

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Photo: Chess.com/Maria Emelianova.

Il y a un mois, j'ai écrit dans cet article :

Quand j'étais jeune, il était commun de dire qu'un bon arbitre d'échecs est un arbitre invisible. En effet, si à la fin du tournoi les joueurs ignoraient qui étaient l'arbitre en chef, c'est qu'ils n'avaient pas connu d'incidents notables durant l'événement.

Malheureusement, la plupart des gens qui ont suivi la Coupe du monde 2017 oublieront le nom de la plupart des participants, mais ils se rappelleront des noms de l'arbitre en chef, Tomasz Delega, et surtout de l'organisateur, Zurab Azmaiparashvili.

L'un des aspects les plus scandaleux de toute cette affaire est l'utilisation d'injures racistes. Je n'ai pas d'exemples récents de grand-maître en insultant un autre en termes racistes. Je pense que la dernière fois qu'un tel drame s'est produit, c'était en 1941, quand le champion du monde Alexandre Alekhine avait écrit une série d'articles à caractère antisémites pour le journal nazi Pariser Zeitung.

Bien sûr, les joueurs d'échecs s'insultent depuis aussi longtemps que le jeu existe. Quand j'étais enfant, j'ai lu l'histoire d'un homme qui avait eu l'idée idiote de gagner sa partie contre un roi. Le monarque en question avait ordonné immédiatement qu'on le pende. J'imagine que la pendaison était l'équivalent médiéval de l'insulte ! A notre époque, il suffit de jouer un peu sur internet, et en une semaine (ou moins, si vous gagnez souvent...), vous aurez un bon aperçu des insultes modernes.

Si l'on excepte feu Bobby Fischer, qui avait qualifié Anatoly Karpov et Garry Kasparov de "pires chiens de la Terre" pour avoir parait-il, arrangés des parties, la plupart des joueurs ne se sont jamais abaissés aux insultes.

L'un des exemples les plus récents est celui des GMI Simon Williams et Ben Finegold, qui vont jouer un terrible match pour mettre un terme à leur querelle.

Finegold avait tiré le premier : "Simon Williams, oui... Il est 1900 je crois, ou 1800..."

Williams n'a pas attendu longtemps pour contre-attaquer : "Je vois que Ben Finegold a dit des choses sur moi. Je ne le connais pas, mais à en juger par son niveau, il devrait plutôt s'écraser..." avant d'ajouter "La seule compétition dans laquelle il aurait une chance de me battre serait celle du plus gros mangeur. J'aurais même peur qu'il me mange."

Bien que je sois fermement opposé aux insultes en général, j'ai trouvé cet échange entre Ben et Simon assez mignon ! Beaucoup moins mignon, mais néanmoins assez drôle, furent les mots de Viktor "Le Terrible" Korchnoi après sa défaite en blitz contre Sofia Polgar.

A regarder ci-dessous à partir de 0:30 (en anglais)

L'histoire des échecs regorge d'insultes célèbres, les compiler toutes en un seul article serait une tâche impossible. Je vous ai donc concocté un top 3. Vous vous demandez surement pourquoi faire un "top" des insultes, comme si elles étaient des choses positives ! Ce n'est pas le cas, en effet, mais je pense qu'une "bonne" insulte est un moindre mal : elle se doit d'être amusante, et pas trop méchante. Cela disqualifie la plupart des insultes, généralement trop.... insultantes !

Le GMI Korchnoi était également passé maître dans l'art de la pique. Le commentaire plus haut aurait pu apparaître dans notre classement, si son sexisme éhonté ne l'avait pas disqualifié d'office !

Sans plus attendre, passons au top 3 des insultes échiquéennes.

#3: Donald Trump, Président des Etats-Unis

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Le 10 octobre 2016, durant un meeting à Ambridge, Donald Trump a déclaré.

Il faudrait un maître d'échecs, un grand. Et nous n'en avons aucun.

Le timing était particulièrement mauvais : un mois auparavant, l'équipe américaine remportait l'Olympiade d’échecs de Bakou ! Il me semble que ce pays compte une centaine de grand-maîtres, si l'on compte les GMF. Je suis à peu près sûr qu'aucun d'entre nous n'a été offensé par la gaffe du président. Déjà, l'expression, "un maître d'échecs, un grand." vaut son pesant d'or. En outre, le président reconnait que ces mystérieux maîtres sont si intelligents et uniques qu'il ne doit probablement pas en exister un seul dans tous les Etats-Unis ! Eh bien si, président, nous existons !

#2: Siegbert Tarrasch

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Photo: Wikipedia

Tarrasch était bien connu pour ses piques acerbes envers ses collègues. Un jour, en pleine partie contre Aron Nimzowitsch,  le docteur Tarrasch s'est écrié à voix haute :

Jamais de ma vie je n'ai eu une position aussi gagnante après dix coups seulement ! 

Voici la partie en question : 

Le plus drôle dans cette histoire, c'est que Tarrasch n'a pas gagné la partie ! Il a même été chanceux de s'en sortir avec la nulle, car sa position était très mauvaise.

#1: Garry Kasparov

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Comme de nombreux autres grands joueurs, Garry Kasparov avait un talent spécial pour critiquer ses collègues. C'est lui qui a prononcé, à propos de joueurs classés au delà des 2600 Elo, l'expression "touristes des échecs" ! Et comment oublier la fois où il a déclaré, après un super-tournoi, qu'il avait été contaminé par la médiocrité de ses adversaires !

Mais la pique suivante mérite sa place de numéro un au classement. Elle est sans doute sa plus subtile. Et le scandale de la Coupe du monde 2017 à propos du short de Kovalyov a remis la blague au goût du jour après ce tweet de Nigel Short lui-même.

Je ne suis même sur place, pourtant c'est bien un Short qui a la vedette à la Coupe du monde !

Voilà donc notre vainqueur :

En 1993, avant le début de la finale des candidats, on avait demandé à Garry Kasparov de prédire qui serait son adversaire pour le titre de champion. Sa réponse fut très laconique.

It will be Short, and it will be short.

(Ce sera Short, et ça ne durera pas longtemps)

En outre, il s'est avéré qu'il avait tout à fait raison. Nigel Short a remporté le match, devenant le challenger. Le match Kasparov-Short dura 20 parties sur les 24 prévues, mais l'issue ne fut jamais vraiment en question, Kasparov ayant marqué 3,5 au cours des quatre premières parties !

Garry était simplement bien plus fort dans tous les compartiments du jeu. En voici un exemple :

Je tiens à préciser qu'insulter quelqu'un est absolument inacceptable, a fortiori pendant un tournoi d'échecs. C'est avilissant pour notre noble jeu. Respectons nous les uns les autres et faisons en sorte que ce genre de listes deviennent des reliques du passé !

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