Pourquoi rate-t-on toujours le coup le plus évident ?
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Pourquoi rate-t-on toujours le coup le plus évident ?

Gserper
GM Gserper
28 nov. 2018 à 00:00 |
0 | Tactique

Aux échecs, tout le monde peut se tromper. Ne dit-on pas que "l'erreur est humaine" ?

Cependant, entre rater une suite de trente coups ultra-complexe comme Fabiano Caruana lors de la sixième partie du dernier championnat du monde et rater un mat en un, il y a une marge ! Puisque l'on parle des sujets qui fâchent, voici sans doute la plus grosse gaffe de ma carrière :

Comment un grand-maître peut-il faire une telle gaffe ? Malgré les apparences, j'étais en très bonne forme lors de ce tournoi. Je m'étais qualifié pour les phases finales en finissant mon groupe devant plusieurs forts GMI, et j'avais éliminé Etienne Bacrot en quarts de finale !

Certes, je n'avais plus que quelques minutes à la pendule lorsque j'ai joué 46...Fh7??, mais est-ce une excuse suffisante ? La véritable origine de cette gaffe est différente. Mené au score dans ce match, j'étais dos au mur et devait absolument l'emporter. Voyant que les blancs menaçaient un échec perpétuel par Cf8-g6-f8..., j'ai voulu empêcher cette suite à tout prix. Si cette explication ne vous convient pas, je vous propose d'essayer le test ci-dessous :

Alors, vous avez réussi ?

La morale de cette histoire, c'est que l'on ne trouve que les coups que l'on cherche. Je cherchais un coup qui empêcherait l'échec perpétuel, et je l'ai trouvé ! Je pense que Vladimir Kramnik a fait le même type d'erreur psychologique lorsque qu'il a commis la gaffe suivante :

Les noirs, fort de leur structure de pions supérieure à l'aile dame, n'ont qu'une idée en tête : Échanger les dames, et l'emporter ! C'est sans doute ce que le champion du monde avait en tête en jouant 34...De3??

La partie suivante propose un autre exemple de cette logique fallacieuse.

La partie avait dépassé le quarantième coup, et les blancs avaient tout leur temps pour trouver le coup forcé 43.Rh3. Evidemment, la partie se terminerait alors par la nulle. Le GMI Tisdall a écrit dans le magazine New In Chess : "Ici, Nick a utilisé un raisonnement déductif. Il a une position gagnante contre un joueur 200 points Elo moins fort. Par conséquent, il doit éviter l'échec perpétuel."

C'est ainsi que ce très fort grand-maître a "réussi" a rater un mat en un !

Terminons avec cette superbe gaffe, également issue d'une de mes parties :

J'avais encore environ trois minutes à la pendule, et pourtant, j'ai raté un simple mat en trois ! Mais ce n'est pas le plus drôle : Alors que je réfléchissais à mon 41ème coup, dans la salle, le GMI Lev Psakhis pariait avec qui voulait l'entendre que les noirs ne trouveraient pas le mat en trois. Aussi incroyable que cela puisse paraître, personne n'osa relever son défi !

Pourquoi ? C'est très simple. Il s'agissait d'une partie de départage, lors d'un gros tournoi à élimination directe à Tilbourg (Pays-Bas), et je n'avait besoin que d'une nulle pour éliminer Yermo. Comme chacun sait, une dame seule ne peut mater le roi adverse si celui-ci n'est pas encerclé par ses propres pièces lui prenant des cases de fuites. Je me rappelle avoir vu qu'en jouant 41...exd4, je laissais mon adversaire avec une dame seule, et mon roi aurait de nombreuses manières de rester hors de portée des pions ennemis. Je n'ai pas cherché plus loin, et j'ai simplement pris le fou !

La leçon à tirer de cet épisode est très simple : Lorsque vous réfléchissez à votre prochain coup, vous imaginez déjà un certain "scénario" se dérouler. Selon ce scénario, vous allez créer votre plan. Mais avant de jouer votre coup, essayez de regarder à nouveau la position avec un œil frais. N'auriez-vous pas raté un gros gorille en plein milieu ?

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