Défense Nimzo-Indienne

1.d4 Nf6 2.c4 e6 3.Nc3 Bb4

La défense nimzo-indienne (qu'on appelle plus communément "la nimzo") est considérée comme l'une des meilleures réponses noires à 1.d4. Dans cette ouverture, les noirs renoncent souvent la paire de fous, mais bénéficient en retour d'une meilleure structure de pions et d'un développement facile. Ils vont généralement tenter de garder la position fermée, tandis que les blancs vont tenter de l'ouvrir pour profiter au maximum de l'avantage de la paire de fous.

Position de départ

La défense nimzo-indienne survient après les coups 1.d4 Cf6 2.c4 e6 3.Cc3 Fb4. Les noirs clouent le cavalier blanc pour contrôler indirectement la case e4.

Avantages

  • Positionnellement sain
  • Mène à des positions riches
  • Développement rapide

Inconvénients

  • Donne souvent la paire de fous
  • Laisse généralement le centre aux blancs

Variantes

A travers les époques, les blancs ont essayé de nombreux coups contre la défense nimzo-indienne. Pas moins de neuf sont apparus dans au moins 700 parties de maîtres, et sept d'entre eux ont été joués au moins 1800 fois. Parmi toutes ces options, deux sont devenues très populaires, avec plus de 25 000 occurrences. Mais quelque soit le coup choisi, les blancs n'auront qu'entre 34 et 37% de chances de victoires. Voilà pourquoi cette ouverture est considérée comme si forte pour les noirs !

Nimzo-Indian
Le nombre d'options blanches contre la nimzo-indienne peut donner le tournis… Découvrons les principales ci-dessous :

La plupart des variantes tournent autour de deux questions intimement liées : les noirs vont-ils échanger leur fou contre le cavalier c3, et s'ils le font, faut-il reprendre avec une pièce ou accepter de doubler ses pions par bxc3 ?

Variante Rubinstein

Dans la variante la plus courante, les blancs préparent le développement de leur aile roi par 4.e3, concédant que leur pion n'atteindra pas e4 avant de nombreuses manœuvres. Ils peuvent ensuite jouer 5.Ce2 pour reprendre en c3 avec un cavalier ou, si le développement les intéresse plus que la structure de pions, s'activer rapidement avec 5.Fd3, ce qui offrira aux noirs une nouvelle opportunité de doubler leurs pions.

Une variante clef de la Rubinstein est la sous-ligne Hübner, qui tient son nom du célèbre GMI allemand Robert Hübner. On l'obtient après les coups 1.d4 Cf6 2.c4 e6 3.Cc3 Fb4 4.e3 c5 5.Fd3 Cc6 6.Cf3 Fxc3+ 7.bxc3 d6.

Nimzo Indian Hubner
Après avoir échangé le fou contre un cavalier, l'objectif des noirs est désormais de fermer la position.

Variante classique

Presque aussi populaire que la Rubinstein, on la surnomme aussi parfois variante Capablanca, en hommage au champion du monde cubain Jose Raúl Capablanca. Les blancs évitent immédiatement les pions doublés en jouant 4.Dc2. L'idée de ce coup est parfaitement démontrée dans la suite la plus courante : 4...O-O 5.a3 Fxc3 6.Dxc3.

Nimzo-Indian Classical
Les blancs ont la paire de fous et conservent une bonne structure de pions. Les compensations noires résident dans leur avance de développement, surtout à l'aile roi.

Variante des trois cavaliers

Dans la bien-nommée variante des trois cavaliers, les blancs développent simplement leur second cavalier par  4.Cf3. Garry Kasparov a joué cette variante à de nombreuses reprises lors de son match de championnat du monde face à Anatoly Karpov en 1985, obtenant un superbe score de 3 victoires et 3 nulles à l'aide de cette ouverture. Une nouvelle victoire dans cette ligne lors de leur match-revanche en 1986 a amené beaucoup d'observateurs à renommer cette variante, "variante Kasparov".

Sur la réponse noire la plus courante, 4...d5, la partie transpose dans la variante Ragozine du gambit dame refusé.

Variante Kmoch

Dans la variante Kmoch avec 4.f3, les blancs insistent sur l'importance du coup e4, qu'ils vont pouvoir jouer en force. La Kmoch transpose généralement dans des variantes de Sämisch (voir ci-dessous) après la suite la plus courante 4...d5 (empêchant 5.e4) 5.a3.

Variante Sämisch

Dans la Sämisch avec 4.a3, les blancs ignorent totalement la menace des pions doublés et vont même jusqu'à encourager la suite 4...Fxc3 5.bxc3. Ce n'est pas la variante la plus populaire, car les blancs vont très souvent perdre le pion c4 en force, et le coup 4.a3 ne fait rien pour faciliter leur développement ou leur contrôle du centre. Cependant, la Sämisch est une variante très principale dans la théorie de la nimzo-indienne, car elle force le déséquilibre dynamique "paire de fous contre pions doublés".

Nimzo-Indian Samisch
La position de base de la variante Sämisch.

Le GMI Fabien Libiszewski évoque notamment la Sämisch dans cette leçon Chess.com (en anglais) sur les pions doublés.

D'autres options pour les blancs

4.Fg5, la variante de Léningrad, permet aux blancs d'enchaîner par e3 sans bloquer le fou de cases noires.

4.g3, la variante Romanishine-Kasparov. Les blancs vont également parfois mettre leur fou en fianchetto dans la variante des trois cavaliers, comme le faisait Kasparov dans les années 80. Le coup 4.g3 peut aisément transposer dans ces variantes.

4.Fd2 une variante anonyme mais très jouable. Si elle évite les pions doublés, elle est toutefois un peu passive… 

4.Db3, La variante Spielmann (imaginée par le maître autrichien Rudolf Spielmann) propose une idée sous-jacente similaire à celle de la variante classique. Cependant, après 4...c5, les noirs protègent leur fou et l'ordinateur leur donne déjà un léger avantage.

Historique

Les parties commençant par 1.d4 Cf6 sous connues sous le nom de "défenses indiennes". L'origine du terme reste mystérieuse, mais en 2018, le CM Arne Moll théorise dans un article que le responsable en serait un certain Bannerjee Moheschunder, joueur indien du XIXème siècle. L'autre moitié du terme "nimzo-indienne" se réfère à Aron Nimzowitsch qui, s'il n'a pas été le premier maître à jouer cette ouverture, a été son plus important défenseur au cours de sa carrière.

Aron Nimzowitsch
Aron Nimzowitsch. Photo : Wikimedia/public domain.

Au début des années 1920, l'ouverture reste très confidentielle mais, à la fin de la décennie, elle est devenue l'une des armes les plus couramment jouées contre 1.d4. Elle apparait pour la première fois en championnat du monde en 1929 lors de la seconde partie du match entre Alexandre Alekhine et Efim Bogoljubov. Ensuite, elle est jouée au moins une fois dans tous les matchs pour le titre jusqu'en 2013 !

Mais si on la retrouve désormais "un peu" moins à haut niveau, sa popularité ne s'est jamais démentie. D'ailleurs, de nos jours, après 1.d4 Cf6 2.c4 e6, les blancs jouent plus souvent 3.Cf3 que 3.Cc3, principalement pour éviter la redoutable "nimzo" !

Parties célèbres

L'une des plus célèbres parties de l'histoire, jouée entre le futur champion du monde Mikhail Botvinnik et l'ancien champion Capablanca au tournoi AVRO de 1938, avait pour théâtre la défense nimzo-indienne. (Pour en apprendre plus sur le célèbre tournoi AVRO, retrouvez l'article d'Arne Moll (en anglais)) Capablanca utilise sa structure supérieure à l'aile dame pour s'emparer d'un pion, mais Botvinnik gagne la partie grâce à ses pions centraux, rampe de lancement parfaite pour une superbe combinaison qui commence au 30ème coup.

La plus célèbre victoire noire est fort justement l'œuvre de Nimzowitsch en personne face à Paul Johner, à Dresde en 1926. Nimzowitsch réduit à la passivité les fous de Johner en fermant la position, et sa célèbre manœuvre (coups 12 à 16) va lui permettre de lancer une attaque décisive sur l'aile roi.

Conclusion

La nimzo-indienne est l'une des réponses noires les plus populaires contre 1.d4. Le clouage du cavalier c3 pose aux blancs un vrai problème pratique, et les noirs obtiennent souvent de bonnes positions dans lesquelles ils peuvent mettre la pression sur le centre blanc. Et maintenant, découvrez comment les maîtres la jouent grâce à notre explorateur de parties !

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