Les plus grands joueurs d’échecs du monde

Paul Morphy

Nom complet
Paul Morphy
Vie
Jun 22, 1837 - Jul 10, 1884 (âge 47)‎
Lieu de naissance
La Nouvelle-Orléans, Louisiane, Etats-Unis
Fédération
États-Unis

Bio

Paul Morphy fut le premier grand joueur américain de l'histoire. Il est considéré par beaucoup comme le meilleur joueur de son époque, dont il aurait pu être le champion du monde (si ce titre avait existé). Né en 1837, il arrête de jouer en 1860 et décède en 1884. Mais son passage éclair dans le monde des échecs va faire forte impression. Aujourd'hui encore, son nom est synonyme de développement rapide et de puissantes parties d'attaque.

Enfance

Paul Morphy est né à la Nouvelle-Orléans en 1837. Prodige des échecs, il apprend le jeu simplement en regardant les adultes jouer.

Il rencontre pour la première fois un maître lors de la visite du hongrois Johann Lowenthal à la Nouvelle-Orléans, en 1850. C'est d'ailleurs la seule fois qu'il jouera contre un adversaire de ce calibre avant l'âge adulte. Il remporte deux de leurs trois confrontations. (Les sources diffèrent sur l'issue de la troisième, certaines attestant que Morhpy la perdit, d'autres qu'elle se termina par une nulle, d'autres encore affirmant que cette troisième partie n'a jamais eu lieu).

Carrière échiquéenne

Morphy réalise sa première performance d'ampleur au congrès américain des échecs 1857, un tournoi à élimination directe regroupant seize joueurs. Il remporte neuf de ses dix parties (nulle dans la dixième) et se qualifie pour la finale, où il affronte l'allemand Louis Paulsen. Egalement invaincu jusque-là, le maître doit pourtant s'incliner face au jeune Morphy. Il parviendra tout de même à remporter une partie, mais Morphy en remportera cinq (plus deux nulles). La plus belle, dans la variante des quatre cavaliers, verra un très beau sacrifice de dame des noirs.

A tout juste vingt printemps, Morphy est considéré comme l'un des tout meilleurs joueurs du monde. Mais il n'a rencontré presqu'aucun maître européen. En 1858, il part donc pour le vieux continent, où il va jouer plusieurs matchs. Le plus important est bien sûr celui qui l'oppose à l'allemand Adolf Anderssen, car les deux hommes sont alors sans aucun doute les deux plus forts joueurs du monde.
Le résultat est sans appel : Morphy remporte sept parties sur onze, n'en perdant que deux (deux nulles). Face à la furia américaine, Anderssen, héros de la célèbre Partie immortelle ainsi que de la Toujours Jeune, en est réduit à jouer le douteux 1.a3 (début auquel il donnera son nom) dans plusieurs affrontements . Morphy va perdre une fois dans cette ouverture, mais sa domination dans les autres parties fera rapidement oublier ce revers. Au total, il gagne trois parties en 25 coups ou moins, dont cette miniature de 17 coups :

Mais Morphy était surtout venu en Europe pour jouer contre le maître anglais Howard Staunton, inventeur du design des pièces modernes. Hélas, comme l'indique Charles de Maurian, journaliste et ami de Morphy, dans son article sur la mort de ce dernier, en 1884, Staunton "a d'abord accepté, puis repoussé, puis tenté de se défiler, avant de refuser en bloc le match".

Quelle que soit les raisons du refus (la santé fragile de Staunton en étant peut-être le motif premier), ce match n'eut donc jamais lieu. Mais Staunton, près d'une décennie après son pic de forme, aurait sans doute eut autant de mal que tous les maîtres ayant eu le courage d'affronter Morphy. Malgré tout, la postérité aurait bien aimé garder trace d'un tel match !

En Europe, Morphy va également se mesurer à Henry Bird, Lowenthal à nouveau, Daniel Harrwitz, ou encore Augustus Mongrédien. Aucun de ces joueurs n'avaient le niveau d'Anderssen, mais Moprhy mit un point d'honneur à remporter environ deux tiers des parties jouées contre eux (à peu près cinquante), le dernier tiers étant partagé entre nulles et défaites. Certains parvenaient en effet à le battre une ou deux fois, mais son jeu complet était impossible à contrer sur le long terme.

Morphy, à gauche, face à Lowenthal en 1858. Domaine public.

La partie de l'opéra

Malgré son talent, il ne chercha jamais à devenir professionnel des échecs, une activité socialement assez mal vue à son époque. En outre, son talent brut se faisait particulièrement évident contre les joueurs plus faibles. 

Aucune de ses parties n'a été plus acclamée que celle qu'il joua contre deux aristocrates à l'opéra de Paris. Tous les joueurs rêvent de réaliser un jour ce genre de miniature sacrificielle… Pour Moprhy, c'était tout naturel ! D'après la rumeur, souhaitant simplement apprécier le spectacle, il fit en sorte que la partie, jouée à l'entracte, dure le moins longtemps possible. Développement rapide, sacrifice de cavalier, puis de qualité, et enfin de la dame pour porter le coup de grâce dès le 17ème coup. Du Morphy tout craché !

La partie en question est consultable au bas de cette fiche.

Après les échecs

Si l'on définit une carrière échiquéenne à la confrontation régulière avec des maîtres, celle de Morphy ne dura en réalité qu'à peine deux ans : du congrès américain des échecs en octobre 1857 à son retour en Amérique, en mai 1859. Mais pourquoi ?

Eh bien, il s'avère qu'il se lassa des échecs. Bientôt, il ne voulut plus jouer que des matchs à handicap (un pion et un coup) dans lesquels il prenait les noirs sans le pion f. Personne n'acceptant de l'affronter dans ces conditions, il se tourna vers une carrière dans le droit. La guerre civile américaine éclata et Morphy, vivant à La Nouvelle-Orléans, se retrouva du mauvais côté de l'histoire. Il n'existe cependant pas de preuves attestant qu'il ait pris part au conflit.

Est-ce à cause de la guerre, de ses clients venant uniquement lui parler d'échecs, ou de sa personnalité que sa carrière dans le droit tourna court ? Sans doute un peu des trois. Il se réfugia alors dans une vie d'oisiveté dont il ne sortit jamais. Les dernières années de Paul Morphy sont tragiques. Déprimé, il passe son temps à déambuler dans le vieux carré français de la Nouvelle-Orléans, parlant avec des personnes invisibles. Il souffre également de délires de persécution et de paranoïa.

Paul Morphy meurt dans sa baignoire la 10 juillet 1884, à l’âge de 47 ans, des suites d’une attaque cérébrale.

Morphy gravesite

Tombe de Paul Morphy au cimetière Saint-Louis de la Nouvelle-Orléans, Louisiane. Photo : Michael Nyika, CC 3.0

Héritage

Dans Les idées modernes aux échecs (1929), Richard Réti écrit que Morphy avait "un talent naturel pour les combinaisons" tout en le qualifiant de "premier joueur positionnel". Il lui attribue la découverte de l'importance du développement dans les positions ouvertes. Un hommage que l'on continue généralement à rendre à Morphy à notre époque.

En 1964, Bobby Fischer affirme que "Morphy fut sans doute le joueur le plus précis de l'histoire" et qu'il pouvait "trouver des opportunités de gain dans des positions désespérées". Ses contemporains, tels qu'Anderssen et Lowenthal, s'accordaient également sur sa capacité hors-norme à renverser des situations critiques.

Sans conteste le meilleur joueur des années 1850, il est généralement considéré comme un champion du monde sans couronne. Sa compréhension révolutionnaire des positions ouvertes ont façonné les échecs modernes. Et bien que les passionnés auraient aimé qu'il joue un peu plus longtemps au jeu des rois, il est déjà remarquable qu'il ait pu tant accomplir en si peu de temps !

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