Alekhine et la révolution (3) 1er partie

Alekhine et la révolution (3) 1er partie

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« [...] Alekhine [...] avait cru devoir refuser de se rendre dans un pays dont les dirigeants actuels n’ont pas toujours eu pour lui les mêmes amabilités…, en le condamnant à mort par exemple. » Bulletin de la Fédération Française. Dans un premier temps les échecs furent jugés comme passe-temps bourgeois par les révolutionnaires.  C’est à Alexandre Ilyin Genevsky que l’on doit la renaissance des échecs en Russie soviétique. Voici ce qu’il écrivit en décembre 1918 : « Lorsque que j’arrivais à Moscou j’essayais pendant longtemps, mais en vain, de trouver des joueurs ou des clubs d’échecs. Les adresses aussi bien celles des cercles que des joueurs n’étaient plus d’actualité. »

Il décida alors de faire des échecs une activité compatible avec les valeurs révolutionnaires. En 1920, il fut à l’origine de la première Olympiade de toutes les Russies. Plus rien à voir avec le mécénat privé des tournois joués jusqu’ici, cette fois le financement de 100.000 roubles provenait du gouvernement soviétique (un montant qu’il faut relativiser dans cette période d’inflation galopante et de grave pénurie alimentaire car selon le journal du 3 décembre 1920 du professeur Vodovozov, ami d’enfance de Lénine, il fallait 1500 roubles pour acheter une miche de pain).

Il obtint le soutien de deux personnages éminents de la Révolution, son frère Fyodor, un officier de marine qui avait conduit la mutinerie des matelots de la base navale de Cronstadt, héros de la Révolution d’octobre et membre du Comité militaire révolutionnaire (Milrevkom). Il avait pour pseudonyme Raskolnikov (L’assassin et personnage central du roman de Dostoïevski « Crime et Châtiment »).

Raskolnikov épousa Larissa Reissner, d’origine polono-russo-allemande, qui après avoir adhéré au parti bolchévique en 1918 allait soutenir la Révolution par ses écrits et inspirer le personnage de Lara dans le célèbre roman « Le Docteur Jivago » de Boris Pasternak.

Mais c’est surtout l’apport de Nikolaï Podvoïski, un cadre très important du parti, artisan de la Révolution d’octobre et ancien commissaire à la guerre du premier gouvernement bolchévique, qui fut décisif.

Voici le témoignage d’Ilyin Genevsky : « Alors que je prenais part, en compagnie d’éminents spécialistes aux ébauches de développement d’un programme de culture physique aux services des travailleurs, je fis la suggestion que l’étude des échecs devrait être inclue dans un tel programme. »

Il se fit l’avocat des échecs comme discipline sportive en concluant :

« Après tout, les échecs, quelquefois même à un degré plus élevé que le sport, contribuent à développer l’audace, l’inventivité, la volonté et quelque chose que le sport ne peut faire, développer l’habileté stratégique chez une personne. Ma proposition fut acceptée et approuvée par le principal dirigeant, le camarade Podvoïski. »

Ce fut le début d’un mariage réussi entre les échecs et le communisme !