Adolf Anderssen
Bio
Adolf Anderssen était un maître allemand des échecs considéré comme le meilleur joueur du monde de 1851 à 1858 puis de 1860 à 1866. (soit avant et après le passage en Europe de Paul Morphy). Il est particulièrement connu pour son génie tactique ayant enfanté des parties mythiques telles que l'Immortelle et la "Toujours Jeune".
Anderssen est célèbre pour ses matchs contre Morphy et Wilhelm Steinitz, et pour avoir remporté le premier grand tournoi d'échecs international (Londres 1851). Il fut en outre le mentor de Johannes Zukertort, un autre très grand joueur du 19ème siècle. Il est également salué par la postérité pour son rôle de pionnier dans la composition échiquéenne.
- Style
- Jeunesse - Talent de compositeur
- Meilleur joueur du monde
- Match contre Morphy
- 1862 : Tournoi international de Londres
- Match contre Steinitz
- Fin de carrière
- Postérité
Style
Anderssen était un illustre représentant de l'école romantique. Joueur d'attaque partisan des gambits et autres ouvertures excentriques (dont celle qui porte son nom : 1.a3?!), il proposait régulièrement dans ses parties des sacrifices et des tactiques époustouflantes. Son talent combinatoire reste parmi les plus impressionnants de l'histoire.

Des qualités que l'on retrouve dans la "partie immortelle", à découvrir ci-dessous. Anderssen sacrifie un fou, puis les deux tours, et finalement sa dame pour créer un mat mémorable. Une attaque restée dans les annales !
Jeunesse - Talent de compositeur
Anderssen apprend à jouer aux échecs avec son père à l'âge de neuf ans, mais le jeu ne prendra une grande place dans sa vie que bien plus tard. En effet, il étudie d'abord la philosophie et surtout les mathématiques, une matière dont il deviendra professeur. Il commence à composer des problèmes d'échecs à l'université, et publie en 1842 un recueil regroupant 60 de ses compositions.
Ces études font grand bruit dans le microcosme échiquéen berlinois, et Anderssen commence à jouer de plus en plus. En 1848, il fait match nul face au joueur professionnel Daniel Harrwitz. Une performance qui va l'amener à être sélectionné pour représenter l'Allemagne en 1851 au premier tournoi international de l'histoire, qui se tient à Londres.
Meilleur joueur du monde
Ce tournoi londonien est historique à plus d'un titre. Outre le fait qu'il s'agissait du premier grand tournoi international, il regroupait cinq des huit meilleurs joueurs du monde. A la surprise générale, c'est Anderssen qui remporta le tournoi, éliminant notamment le favori et organisateur du tournoi Howard Staunton.
Un mois plus tard, le London Chess Club organise un nouveau tournoi qu'Anderssen va une nouvelle fois remporter avec la manière. A partir de cet instant, il est unanimement considéré comme le meilleur joueur du monde.
Entre 1851 et 1858, les tournois restent particulièrement rares, mais en 1852, Anderssen joue tout de même la superbe partie "Toujours Jeune". Un chef d'œuvre de gambit Evans dans lequel l'allemand sacrifice un cavalier au 17ème coup, un autre au 19ème, puis sa tour au 20ème ! Des sacrifices qui préfigurent le Magnum Opus : celui de la dame, au 21ème coup. Bien entendu, ce dernier force le mat ! Une partie culte :
Match contre Morphy
Fin 1858, Anderssen affronte le légendaire Paul Morphy. Déjà auréolé de nombreuses victoires face aux maîtres européens au cours des mois précédent, l'américain rencontre finalement le plus fort d'entre eux. Et c'est un véritable coup de tonnerre qui va s'abattre sur le vieux continent…
Le match est à sens unique, Morphy domine clairement son adversaire et l'emporte sur le score de 8 à 3 (sept victoires, deux défaites, deux nulles). Anderssen jouera la rare ouverture qui porte aujourd'hui son nom (1.a3?!) à plusieurs reprises, remportant notamment une partie grâce à elle.
Contrairement à la plupart de ses victoires, celle-ci est de nature très positionnelle et ressemble à ce que l'on appellerait de nos jours une ouverture anglaise. Dans le début de partie, la position reste fermée, puis les deux joueurs entrent dans une finale qui va permettre à Anderssen de mettre à profit la force de sa paire de fous avec une grande dextérité pour remporter le point.
A l'issue de cette victoire retentissante qui vient conclure une tournée européenne triomphale, Morphy rentre aux Etats-Unis en 1859. Aux yeux de tous, c'est désormais lui, le meilleur joueur du monde. Cependant, il se retire des échecs la même année, laissant la place de numéro 1 mondial à qui voudra bien la prendre.
En 1860, Ignaz Kolisch (un très fort joueur de l'époque) défie Anderssen. Après de nombreuses parties très disputées, les deux hommes font match nul. L'année suivante, c'est bien Anderssen qui l'emporte lors du match retour. Un résultat qui cimente à nouveau sa place de numéro un mondial.
1862 : Tournoi international de Londres
En 1862, un autre grand tournoi se tient à Londres. L'évènement est historique, car c'est la première fois que les joueurs jouent avec des pendules et que le tournoi est organisé au système suisse. 14 maîtres de premier plan participent, parmi lesquels figurent Louis Paulsen, Joseph Blackburne, Johann Löwenthal et le futur champion du monde Steinitz.
Favori, Anderssen va assumer son rôle en remportant le tournoi avec un incroyable score de 12/13, confirmant au passage son statut de meilleur joueur du monde.
Dans cette partie jouée en 1862, Anderssen fait ce qu'il sait faire de mieux : Une attaque brutale, un sacrifice de dame, et un mat. Son adversaire pensait peut-être qu'il ne pourrait pas attaquer aussi bien sur l'aile dame et avec les pièces noires qu'il le faisait de l'autre côté de l'échiquier… Grossière erreur ! Une miniature elle aussi vouée à la postérité :
Match contre Steinitz
C'est en 1866 qu'Anderssen affronte Steinitz. Le vainqueur sera le premier homme à remporter huit parties. Le match est particulièrement violent, le gambit roi ou le gambit Evans étant joués à presque toutes les parties. Pas une seule d'entre elles ne se soldera par la nulle !
Anderssen tire le premier, forçant son adversaire à abandonner avec le coup 36.De8+, qui gagne la dame noire.
Mais Steinitz va répliquer puissamment en remportant quatre parties de suite pour prendre un avantage qui semble insurmontable. Pourtant, Anderssen réussit l'exploit de remporter à son tour quatre parties de suite pour reprendre les commandes du match sur le score de 5 à 4 ! Dans la septième, il gagne une qualité après que Steinitz ait refusé son sacrifice de fou au 16ème coup. Ce dernier abandonnera finalement quelques coups après le superbe 30.Cxh7!
Après cette série de défaites, Steinitz revient dans le match avec deux victoires de suite, reprenant les commandes sur le score de 6 à 5. Anderssen remporte la douzième partie pour revenir à égalité, mais il ne pourra empêcher son jeune rival de remporter les deux dernières parties pour s'octroyer le gain du match.
Après cette incroyable victoire 8-6, Steinitz est désormais considéré comme le meilleur joueur du monde. Il ne perdra aucun match au cours des trente années qui vont suivre, jusqu'à laisser le titre à Emanuel Lasker en 1894.
Fin de carrière
Après ses défaites contre Morphy en 1858 et Steinitz en 1866, Anderssen continue de se consacrer corps et âme aux échecs. Entre 1866 et 1878, ses résultats sont remarquables. Il remporte cinq des neufs tournois majeurs auquel il participe, et termine deux fois second et deux fois troisième.
Il remporte notamment l'historique tournoi de Baden-Baden en 1870 devant Steinitz, Blackburne, Paulsen et cinq autres maîtres. Dans cette magnifique partie de 1869, il bat son ancien élève Johannes Zukertort. La sacrifice de la dame qui force le mat au 29ème coup est mémorable :
Postérité
Anderssen s'éteint en 1879, à l'âge de 60 ans. Il restera à tout jamais le premier vainqueur d'un tournoi international (Londres 1851). Célébré pour son style offensif et son génie tactique, ses sacrifices de dames figurent aujourd'hui encore dans les livres, les articles et les vidéos les plus pointues.
A l'exception de Morphy, aucun joueur ne montrera de telles compétences tactiques au 19ème siècle. Selon Steinitz lui-même : "Nous pouvons tous apprendre de Morphy et Anderssen comment conduire une attaque sur l'aile roi. Je n'ai peut-être d'ailleurs moi-même pas assez appris d'eux." Bien qu'il soit d'une certaine manière resté dans l'ombre des deux géants de son époque, Morphy et Steinitz, sa brillante carrière et sa grande contribution au jeu des rois ne tombera jamais dans l'oubli.