Défense Benoni
La défense Benoni est une ouverture de combat contre le coup 1.d4. Elle est beaucoup jouée chez les joueurs de club, notamment les plus agressifs. Bien qu'elle soit beaucoup moins courante chez les grands-maîtres d'élite, nombre d'entre eux l'ont joué au cours de leur carrière. Son plus brillant aficionado fut le légendaire champion du monde Mikhail Tal, vainqueur de superbes parties d'attaque grâce à la Benoni.
Position de départ
La défense Benoni est caractérisée par la poussée ...c5 en réponse à d4. De nos jours, elle s'obtient principalement via l'ordre de coups 1.d4 Cf6 2.c4 c5.
Les noirs créent immédiatement un déséquilibre dans la position, ce qui va mener à davantage de résultats décisifs. Ils concèdent l'avantage d'espace au centre, ce qui donne aux blancs plus de liberté pour manœuvrer. Les noirs, eux, vont avoir du jeu sur les cases noires et un pion de plus à l'aile dame qui pourra devenir dangereux s'il est correctement mobilisé.
Avantages
- Déséquilibre très tôt la structure de pions
- Certaines lignes sont relativement simples à jouer
- Les noirs obtiennent des positions d'attaque
Inconvénients
- Offre aux blancs l'avantage d'espace
- Certaines lignes sont très risquées pour les noirs
- La position noire peut se retrouver très resserrée
Les variantes principales de la Benoni
Dans la famille des Benoni, les noirs ont plusieurs options, chacune menant à des types de parties très spécifiques. Retrouvez ci-dessous les variantes principales de cette ouverture :
La vieille Benoni
La veille Benoni survient très rapidement, après les coups 1.d4 c5. Sans le moindre coup de préparation, les noirs jouent immédiatement la rupture …c5. Si les blancs prennent le pion, les noirs peuvent le regagner sans problème, par exemple par ...Da5+, …Ca6, ou …e6. Si les blancs poussent le pion, la partie atteindra les lignes principales de la vieille Benoni.
Comme son nom l'indique, cette variante n'est plus aussi jouée qu'elle l'a été, les joueurs préférant désormais développer leur cavalier-roi avant de pousser le pion c.
La Benoni moderne
La Benoni moderne survient après les coups 1.d4 Cf6 2.c4 c5. Les noirs développent leur cavalier-roi et attendent le second coup des blancs pour révéler leur jeu. Leur coup 2...c5 menace d'échanger un pion de l'aile contre le pion d4 central des blancs, qui choisissent généralement de jouer 3.d5.
Les blancs gagnent ainsi de l'espace au centre, mais en affaiblissant durablement les cases noires. Les noirs vont tenter d'en profiter en plaçant leur fou en fianchetto sur la case g7.
La variante tchèque
La variante tchèque de la Benoni survient après les coups 1.d4 Cf6 2.c4 c5 3.d5 e5. Les noirs jouent pour une partie plus lente avec une structure fermée. En effet, la prise en passant 4.dxe6 leur offrirait un fort centre, et n'est donc pas indiquée pour les blancs. Dans la structure résultante, chaque camp possède un mauvais fou. Les noirs vont généralement jouer soit pour la poussée ...f5, soit pour ...b5, tandis que les blancs vont tenter d'empêcher ces plans en conservant leur avantage d'espace.
La variante du serpent
La variante du serpent est caractérisée par les coups 1.d4 Cf6 2.c4 e6 3.Cc3 c5 4.d5 exd5 5.cxd5 Fd6. Si le coup 5...Fd6 peut sembler visuellement très étrange, il permet tout de même au fou de cases noires de contrôler la case e5. Cela va rendre plus compliquée la poussée thématique des blancs : e4-e5.
Les noirs peuvent manœuvrer leur fou en l'amenant vers a5 via c7 (dessinant ainsi un S, tel un serpent) pour mettre la pression sur l'aile roi des blancs. Il est également possible de roquer rapidement, d'activer la tour par ...Te8, et de reculer le fou en f8.
Le gambit Benko
Le gambit Benko est la ligne la plus populaire dans la Benoni. Il se joue avec 1.d4 Cf6 2.c4 c5 3.d5 b5. Les noirs sacrifient un pion pour obtenir un développement rapide et simple. Si les blancs acceptent le sacrifice, les noirs auront un jeu très agréable sur l'aile dame.
Le troisième coup des blancs va fortement influencer la suite de la partie. Pour découvrir le gambit Benko plus en profondeur, rendez-vous ici.
Historique
La défense Benoni est analysée pour la première fois en 1825 par Aaron Reinganum dans son ouvrage présentant les différentes réponses possibles contre le gambit dame et le gambit roi : Ben-Oni oder die Vertheidigungen gegen die Gambitzüge im Schache (Ben-Oni, ou les défenses contre le jeu de gambit aux échecs).
Reinganum explique qu'il a nommé le livre Ben-Oni ("Fils de ma douleur" en hébreu) car il étudie les échecs comme "un refuge contre la mélancolie". Finalement, le terme Ben-Oni n'est donc pas directement lié à l'ouverture en question, mais bien à l'ouvrage qui la présente.
Dans le livre, il analyse la réponse 1...c5 contre le coup 1.d4. Une défense qui sera ensuite jouée en 1843 par Pierre de Saint-Amant dans son match pour le titre non-officiel de champion du monde face à Howard Staunton. Le français écrira plus tard que "ce début ne favorise pas le conducteur des noirs. Benoni donne quelques exemples, mais sans proposer les coups les plus précis pour les blancs, qui peuvent prendre l'avantage dès l'ouverture."
Finalement, l'idée 1.d4 c5 deviendra ce que l'on connait aujourd'hui sous le nom de vieille Benoni. Une ouverture qui sera plus tard améliorée par les maîtres, qui préféreront retarder la poussée ...c5. La Benoni connaîtra son heure de gloire dans les années 1950 et 1960, principalement sous l'impulsion du champion du monde Mikhail Tal. Son caractère tactique l'a rendu populaire auprès des plus grands attaquants, et les légendes Bobby Fischer et Garry Kasparov l'ont notamment intégrée à leur répertoire.
Bien qu'elle soit aujourd'hui beaucoup plus rare parmi l'élite, la Benoni reste très populaire chez les amateurs.