Les plus grands joueurs d’échecs du monde

GM Mikhail Tal

Mikhail Tal
Nom complet
Mikhail Tal
Vie
Nov 9, 1936 - Jun 28, 1992 (âge 55)‎
Lieu de naissance
Riga, République de Lettonie
Fédération
Lettonie

Bio

Mikhail Tal est né à Riga, Lettonie, en 1936. Son style tactique unique lui vaudra le surnom de "Magicien de Riga". Une approche sans compromis qui lui permettra de s'octroyer de nombreuses victoires spectaculaires, et même le titre mondial en 1960.

Homme à la santé fragile, largement porté sur la boisson et fumeur invétéré, Tal ne vivra hélas pas plus de 55 ans. C'est à Moscou qu'il tirera sa révérence, en 1992, non sans avoir laissé son empreinte à tout jamais sur le monde des échecs. Reconnu pour ses exploits sur l'échiquier autant que pour sa plume acérée, son autobiographie, parue en 1975, est aujourd'hui encore considérée comme un grand classique de la littérature échiquéenne. (Toutes les citations de cet article sont traduites de l'édition anglaise de Vie et parties de Mikhail Tal, paru en 1997 aux éditions Everyman Chess).

Avant le titre mondial

Tal commence son autobiographie en comparant la première partie d'échecs à une grippe dont les symptômes ne sont pas encore apparus. Une étrange métaphore dont lui seul avait le secret. Après quelques parties perdues, rien ne semble avoir changé, mais lorsque les victoires commencent à arriver : "On commence involontairement à ressentir que sans les échecs, il manque quelque chose à notre vie. L'on appartient désormais au groupe des immunisés. Ceux qui vivent avec la maladie des échecs."

Et Tal de poursuivre : "Durant mes six années dans les catégories de jeunes, je suis passé du dernier au premier échiquier de mon équipe." Des progrès rapides qui vont le porter au plus haut niveau des échecs letton. Il devient champion national en 1953 avec un score de +12 -2 =5.

Il remporte ensuite le premier de ses six titres soviétiques en 1957 sur le score de +9 -2 =10. Il devance 22 joueurs parmi les plus forts du monde tels que Paul Keres, David Bronstein, Boris Spassky, Viktor Korchnoi, ou encore Tigran Petrossian, avant de récidiver dès l'année suivante. Mais cette victoire ne sera pas la plus importante de 1958.

Tal en 1957

C'est en effet cette année-là qu'il remporte le tournoi interzonal en Yougoslavie, ce qui lui permet de se qualifier avec cinq autres joueurs pour le tournoi des candidats 1959. Il y dominera à nouveau ses adversaires avec un point et demi d'avance (+16 -4 =8), réussissant au passage un 4/4 contre le futur champion du monde Bobby Fischer, alors âgé de seize ans. Le voilà prêt à affronter la légende Mikhail Botvinnik pour le titre suprême.

Le championnat du monde 1960

Tal remporte la première partie de manière convaincante (32 coups) contre la fidèle défense française de Botvinnik. Son entraîneur Alexander Koblents avait justement supposé que le russe allait jouer la variante Winaver. Malgré la nouveauté trouvée par le champion en titre, Tal, "à l'aise dans ce type de positions" selon son propre aveu, s'impose avec autorité :

Le letton va ensuite annuler les quatre parties suivantes avant de remporter deux nouvelles victoires. Son sacrifice de cavalier au 21ème coup de la partie six est particulièrement mémorable. Selon Tal en personne, ce coup était "bon, dans le sens où toutes les autres suites étaient mauvaises."

Botvinnik répond immédiatement en remportant deux parties de suite pour rester à portée de fusil de son jeune rival. Mais ce dernier ne va plus perdre la moindre rencontre, gagnant même les 11ème, 17ème et 19ème parties. Dans la 17ème, Il joue le coup le plus mémorable du match : 12.f4. Il admettra ensuite les évidentes faiblesses de ce coup, non sans ajouter que le grand Botvinnink devait ouvrir le jeu pour l'exploiter, ce qui profitera aux fous du letton.

Après sa victoire dans la 19ème, deux nulles suffiront à notre héros pour remporter le titre suprême. Tal devient le plus jeune champion du monde de l'histoire, un record qui ne sera battu qu'en 1985 par un certain Garry Kasparov.

Tal, à gauche, contre Botvinnik en 1960.

Le championnat du monde 1961

En vertu du règlement de l'époque, Botvinnik obtient le droit à une revanche dès l'année suivante. Ce deuxième épisode sera un véritable bain de sang, les deux joueurs n'annulant que six des 21 parties jouées. (A comparer avec le 100% de parties nulles du match Carlsen-Caruana en 2018 !) Tal remporte la huitième partie pour revenir à 4 ½ - 3 ½, mais Botvinnik s'impose dans les trois suivantes et creuse un écart insurmontable. Chaque joueur va ensuite l'emporter trois fois chacun dans les neuf dernières parties, Botvinnik récupérant son titre avec la manière.

En 1961, bien que Tal (24 ans) ait l'avantage de la jeunesse face à Botvinnik (50 ans), c'est lui qui souffrira le plus, la faute à des reins en piteux état. Mais il ne se trouvera aucune excuse, et attribuera sa défaite à un manque d'adaptation aux changements opérés par son adversaire entre les deux matchs.

Après le titre : Les années 60

Après s'être retiré du tournoi des candidats 1962 pour raisons de santé, Tal ne se qualifiera plus jamais pour le match suprême. Il va pourtant rester au sommet des échecs mondiaux durant toute la décennie 1960, et en particulier en 1964, année où il remporte les tournois de Hastings, Reykjavik et Kislovodsk. 

Il termine également premier ex-æquo à l'interzonal d'Amsterdam, se qualifiant pour le cycle des candidats censé donner un challenger au nouveau champion, Tigran Petrossian. Tal commence par battre Lajos Portisch sur le score de 5 ½ - 2 ½ avant de disposer de Bent Larsen (5 ½ - 4½). Il n'est alors plus qu'à une partie de retrouver le match pour le titre.

Hélas, il est défait (+1 -4 =6) par Boris Spassky en finale. Il perd notamment les trois dernières parties, reconnaissant lui-même "s'être emballé" dans la neuvième, et "avoir mal joué" dans la dixième. Finalement, Spassky joue sa meilleure partie du match dans la 11ème, mais il butera sur l'obstacle Petrossian lors du match suprême.

En se qualifiant pour la finale des candidats en 1966, Tal est dispensé d'interzonal et prend automatiquement place dans le cycle 1969. Il bat Svetozar Gligorić en quarts de finale mais chute en demi (+1 -2 =7) contre Viktor Korchnoi. Dans la dixième partie, le letton est dos au mur et doit absolument l'emporter pour forcer un départage.

Il écrira ensuite avoir "commencé la partie très calmement. Une nulle ou une défaite ayant la même valeur, il était hors de question de prendre des risques dans l'ouverture." Vers le trentième coup, en revanche, Tal comprend qu'il aura un avantage psychologique en cas de départage, et "ses nerfs commencent à flancher." Il sacrifie un pion par 32...g5. Ce coup est l'un des rares sacrifices réfutés de sa longue carrière. Korchnoi parvient à forcer la nulle, mais il tombera à son tour face à Spassky, qui lui aussi ne saura franchir l'obstacle Petrossian.

Tal remportera également son troisième champion d'URSS en 1967 à égalité avec Lev Polougaïevsky.

Après le titre : Les années 70

Tal remporte ses trois derniers titres de champion d'URSS dans les années 70. Le premier en solitaire en 1972, et les autres à égalité avec Alexander Beliavsky en 1974 et Vitaly Tseshkovsky en 1978.

Mikhail ne participera pas au cycle de 1972 qui allait voir le sacre de Bobby Fischer, ni à celui de 1975, dont émergea le nouveau champion : Anatoly Karpov. Il termine quatrième de l'interzonale de Bienne, en 1976, mais ne se qualifie pas pour le cycle 78, les trois premiers seulement étant qualifiés.

Malgré tout, les années 70 restent une période faste pour le champion letton, qui enchaîne deux incroyables séries de parties sans défaites : 86, puis 95 ! Un record qui tiendra jusqu'en 2018, année où il tombera dans l'escarcelle de Ding Liren.

Après le titre : Les années 80 et 90

Tal va continuer à rater de peu la qualification pour les championnats du monde 1984, 1987 et 1990. Il termine troisième à l'interzonal de Moscou en 82, derrière Kasparov et Beliavsky, et mais seuls les deux premiers obtiennent leur place pour les Candidats. Sa troisième place lors de l'interzonal de Taxco, en 85, lui permet en revanche de se qualifier, mais il ne finira que cinquième du tournoi des candidats, ratant d'un cheveu l'une des quatre places qualificatives pour les demi-finales. Lors de son dernier cycle mondial, il rate à nouveau les Candidats en terminant quatrième et premier non-qualifié de l'interzonal de Subotica, en 87.

Bien que sa carrière soit en déclin, Tal reste capable de véritables exploits, comme lors de cette partie contre l'islandais Johann Hjartarson en 1987.

Sa dernière grande victoire, Tal la remportera aux championnats du monde de blitz en 1988, avant que cet évènement ne s'impose comme incontournable sur la scène internationale. Il sort victorieux d'un tableau opposant 32 joueurs. Il n'affronte pas Karpov, éliminé dès le deuxième tour, et Kasparov, battu en quarts de finale, mais il domine Artur Youssoupov 3-0 avant de disposer d'Alexander Chernin 2 ½ - 1 ½ en demi-finale et de Rafael Vaganian 3 ½ - ½ en finale.

Tal, 1988

Héritage

Tal aura joué aux échecs jusqu'au crépuscule de sa vie, participant à des tournois de blitz jusqu'au mois de mai 1992. A sa mort, le 28 juin 1992, le GMI Robert Byrne écrira dans le New York Times :  "L'expression peut sembler galvaudée, mais ils étaient peu à aimer le jeu d'échecs autant que Mikhail. C'était évident. Pour certains, les échecs deviennent un métier. Pour lui, ils seront restés jusqu'au bout une passion."

Des exploits tels que la partie six du match contre Botvinnik en 1960, ou son sacrifice contre Hjartarson en 1987 auront contribué à cimenter la légende du magicien de Riga. Dans la version 2004 du Mammouth des plus grandes parties d'échecs, il est le joueur le mieux représenté.

Bien qu'il ne fut champion "que" pendant un an, il fera partie de l'élite mondiale pendant des décennies. Ce joueur merveilleux à la personnalité charismatique ne sera jamais oublié par la postérité échiquéenne.

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