Ouverture Anglaise
L'ouverture anglaise est un début du flanc où les blancs ne poussent ni le pion e, ni le pion d, mais bien le pion c au premier coup ! Elle donne lieu à de nombreuses transpositions vers des parties du pion d4 à travers de multiples ordres de coup. L'anglaise est plutôt conseillée aux joueurs intermédiaire ou avancés, car elle demande une compréhension solide des concepts positionnels.
Ouverture respectable, l'anglaise a été adoptée par de nombreux joueurs de l'élite. Parmi eux, on retrouve les anciens champions du monde Mikhail Botvinnik, Garry Kasparov, et même le plus grand défenseur du coup 1.e4, Bobby Fischer.
Position de départ
L'ouverture anglaise est caractérisée par le premier coup 1.c4. Les blancs ne mettent aucun pion au centre et utilisent un pion du flanc pour lancer les hostilités.
Ce premier coup permet une grande flexibilité des deux côtés quant au contrôle du centre. L'enjeu est généralement d'y imposer son contrôle au fil de la partie.
Souvent, les blancs vont opter pour une formation qui rappelle la défense sicilienne avec les couleurs inversées, ou transposer dans une partie du pion dame. C'est d'ailleurs une bonne raison de commencer par 1.c4 : dans cette ordre de coups, les réponses noires sont plus limitées qu'en commençant par 1.d4.
Avantages
- Combat pour le centre avec un pion de l'aile
- Prépare une pression à l'aile dame
- Sort certains joueurs de leur zone de confort
Inconvénients
- Développement assez lent
- Peu de chances d'attaque directe
- Laisse les noirs mettre un fort pion en e5
Les principales variantes de l'ouverture anglaise
Comme évoqué plus haut, l'anglaise a un très fort potentiel de transposition. C'est pour cette raison qu'elle ne possède que peu de variantes bien à elle. Cependant, sa théorie est tout de même bien fournie. Sa nature positionnelle et le nombre de transpositions possibles fait que le conducteur des blancs doit bien connaître son système pour la jouer avec succès. Retrouvez ci-dessous les principales variantes de l'anglaise :
La sicilienne inversée
Les siciliennes inversées surviennent lorsque les noirs jouent le coup ...e5, soit dès le premier coup, soit un peu plus tard. Comme le suggère son nom, cette variante offre aux blancs la chance de jouer une structure sicilienne avec un tempo de plus.
La variante des quatre cavaliers
La variante des quatre cavaliers survient généralement après les coups 1.c4 e5 2.Nc3 Nf6 3.Nf3 Nc6. Une disposition de pièces logique qui va offrir aux noirs des chances de contre-attaque. Ils tenteront généralement d'échanger leur fou de cases noires contre le cavalier c3, ou accepteront de jouer contre une sicilienne dragon avec un tempo de moins.
Le système de Brême
Le système de Brême est caractérisé par les coups 1.c4 e5 2.Cc3 Cf6 3.g3. Les blancs accélèrent le développement de leur fou de cases blanches pour améliorer leur contrôle desdites cases blanches. Il est également possible de limiter les options noires en transposant dans la variante des quatre cavaliers.
Le système Botvinnik
La système Botvinnik est un type de développement canonique dans l'ouverture anglaise. Il fonctionne contre la plupart des réponses noires.
Il consiste à créer un triangle de pions sur les cases c4, d3 et e4, ce qui offre un fort contrôle de la case d5 et restreint l'activité des pièces noires. Les blancs placent ensuite un cavalier en c3, mettent leur fou en fianchetto en g2, et font petit roque. L'ordre de coups n'est d'ailleurs pas si important, tant que la position permet d'atteindre la disposition désirée.
Le système Botvinnik est facile à apprendre et possède un certain mordant. Les blancs peuvent lancer une attaque de mat sur l'aile roi, jouer au centre avec un fort cavalier en d5, ou même jouer sur l'aile dame. Mais les noirs ont leur mot à dire s'ils parviennent à exploiter les trous laissés dans la position blanche, et en particulier la case d4.
La variante fermée
La variante fermée commence par les coups 1.c4 e5 2.Cc3 Cc6. Les noirs jouent comme le feraient les blancs dans une sicilienne fermée. Dans ces positions, les blancs vont généralement dominer l'aile dame, tandis que les noirs vont avoir beaucoup de contre-jeu sur l'aile roi. Le développement des cavaliers-roi va avoir une grande influence sur le type de partie que vont jouer les protagonistes.
L'anglaise symétrique
L'anglaise symétrique regroupe toutes les ouvertures commençant par les coups 1.c4 c5. A partir de ce point de départ, la partie peut transposer vers de nombreuses variantes de la défense sicilienne ou d'autres ouvertures.
L'anglaise symétrique des quatre cavaliers
Comme son nom l'indique, cette variante survient après les coups 1.c4 c5 2.Cf3 Cf6 3.Cc3 Cc6. Généralement, un des deux joueurs va ensuite pousser sur pion d de deux cases pour lancer une bataille dont l'enjeu sera le contrôle des cases centrales.
L'ultra-symétrique
La ligne ultra-symétrique est caractérisée par les coups 1.c4 c5 2.Cc3 Cc6 3.g3 g6 4.Fg2 Fg7. Les deux joueurs mettent le fou du roi en fianchetto pour dissuader leur adversaire de pousser le pion d. Cette variante mène généralement à de lentes parties de manœuvres.
La défense hérisson
La défense hérisson est une réponse très solide à l'ouverture anglaise. Elle commence par les coups 1.c4 c5 2.Cf3 Cf6 3.Cc3 e6 4.g3 b6 5.Fg2 Fb7 6.O-O Fe7. Les noirs acceptent de jouer une position serrée, mais veulent contre-attaquer au moment opportun. Ils vont généralement échanger leur pion c contre le pion d des blancs, placer une tour et la dame sur la colonne semi-ouverte c et développer leur pièces dernière leurs pions, puis utiliser leur potentiel dynamique.
Historique
L'ouverture anglaise tient son nom du célèbre maître britannique Howard Staunton, qui joua six fois 1.c4 contre Pierre de Saint-Amant lors de leur match pour la couronne mondiale non-officielle en 1843. Cependant, ce n'est que dans les années 1930 que l'ouverture va vraiment devenir populaire sous l'impulsion de Botvinnik.
L'anglaise atteindra son pic dès années 60 aux années 80, période où elle est jouée par la quasi-intégralité des joueurs d'élites, parmi lesquels figuraient Tigran Petrossian, Jan Timman et Kasparov. Même Fischer, pourtant grand partisan du coup 1.e4, joua l'anglaise pour vaincre Boris Spassky au championnat du monde 1972.
A partir des années 90, la popularité de l'anglaise va décliner lentement. Toutefois, elle reste à ce jour régulièrement jouée et figure au répertoire de la plupart des joueurs de l'élite mondiale.