Inarrêtable, Prag triomphe au Norway Chess !
Prag a coiffé tout le monde au poteau grâce à une 4ème victoire d'affilée ! ©Michal Walusza

Inarrêtable, Prag triomphe au Norway Chess !

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Praggnanandhaa Rameshbabu a enchainé une quatrième victoire de rang pour s'offrir l'édition 2026 du prestigieux Norway Chess. Le prodige indien a conclu sa remontée fantastique en dominant Vincent Keymer pour coiffer au poteau Wesley So, auteur d'une nulle solide avec les noirs contre Alireza Firouzja. Le numéro 1 tricolore doit donc se contenter de la troisième marche du podium malgré un début de tournoi tonitruant quelque peu gâché par un trou d'air à mi-parcours. Enfin, dans le duel "des battus", Magnus Carlsen a adouci la note en s'imposant pour la seconde fois de l'événement contre Gukesh Dommaraju, plus que jamais aux abois.

Dans le Norway Chess Féminin 2026, l'essentiel était déjà joué avec la couronne promise à Bibisara Assaubayeva depuis la veille. L'ultime ronde s'est toutefois révélée sanglante avec trois résultats décisifs en classique : Zhu Jiner a assuré la deuxième place en dominant Koneru HumpyAnna Muzychuk, tombeuse de Divya Deshmukh est venue compléter le podium et Ju Wenjun s'est offert une victoire pour l'honneur contre la gagnante du tournoi.


Résultats Ronde 10

Classements finaux

Norway Chess : Prag réussit le 4 à la suite !

Praggnanandhaa 3-0 Keymer

Pour rappel, Prag était bon dernier après sa défaite lors de la sixième ronde contre So avec pas moins de 5,5 points de retard sur le leader. 

Sans surprise, le prodige indien a déclaré qu'il ne pensait pas à remporter le tournoi à ce moment-là : « Je voulais simplement jouer aux échecs, mais tout a tourné en ma faveur, et j'ai aussi l'impression d'avoir commencé à jouer avec plus de maîtrise, ce qui, dans ce format, est toujours une bonne chose ».

 Prag a révélé à nos commentatrices comment il a changé son approche. Photo : Michal Walusza/Norway Chess.

Il voulait jouer plus vite, mais il était aussi poussé par l'intime conviction de sa première supportrice :

Je discutais avec ma mère le 1er juin, avant la partie contre Alireza, et elle m’a dit : « C’est un nouveau mois, tu vas bien jouer ! ». C’est le genre de choses que maman dit toujours, et puis j’ai remporté ces quatre parties. Elle savait quelque chose, je suppose !

Je discutais avec ma mère le 1er juin, avant la partie contre Alireza, et elle m’a dit : « C’est un nouveau mois, tu vas bien jouer ! »

— Praggnanandhaa Rameshbabu

Ce qui s'ensuivit fut remarquable : Firouzja, Carlsen, Gukesh et Keymer sont tombés les uns après les autres.

En apprenant qui avait remporté le tournoi et comment, Carlsen a réagi avec stupéfaction :

C'est complètement dingue ! On ne peut pas faire plus décisif que ça, et ça montre bien que j'aurais pu en faire autant avec un finish similaire, mais bon, c'est incroyable. Ça montre bien à quel point le système est imprévisible, et c'est un combattant incroyable ; c'est un plaisir de le voir récompensé pour ça.

C'est un combattant incroyable ; c'est un plaisir de le voir récompensé pour ça.

— Magnus Carlsen sur Praggnanandhaa Rameshbabu

Praggnanandhaa avait réalisé l'exploit de battre Carlsen lors de leurs deux parties classiques, mais c'est Keymer, encore invaincu à cette cadence, qui se dressait ultimement sur son chemin.
Durant l'ouverture, le GM allemand a fait sa première apparition au confessionnal :

« La partie du jour se déroule à peu près comme attendu : Pragg veut un gros combat et il va l'avoir ! », a déclaré Keymer, plutôt confiant dans sa position à ce moment-là.
Prag était d'accord sur l'essentiel : « Toutes les pièces sont sur l'échiquier, cela devrait donc donner lieu à une bataille acharnée en milieu de jeu » mais a également reconnu avoir négligé une option pour son adversaire :

Il estimait toutefois pouvoir encore mettre la pression, et cela porta soudain ses fruits lorsque, dans une finale relativement équilibrée, Keymer s'emmêlait les pinceaux avec 30...h5?, qui laissait un trou béant en g5 pour un cavalier blanc.

Après la séquence 31.Tb8+! Rh7 32.Cef3!, Prag se retrouvait gagnant même s'il a avoué que conclure n'avait pas été facile : « je n'arrivais plus à réfléchir — je ne faisais plus que jouer des coups machinalement ! ».

Il s'agit de notre notre partie du jour analysée ci-dessous par le GM Rafael Leitao.

Grâce à cette victoire, Prag repasse au-dessus des 2750 Elo après dix mois mouvementés, à propos desquels il a déclaré : « Rien n'allait dans mon sens : j'étais à 2790 ou quelque chose comme ça, puis je suis tombé à environ 2730 ».

 Le moment de la victoire finale de Prag. Photo : Michal Walusza/Norway Chess.

Prag a également évoqué la déception du tournoi des Candidats mais a expliqué que le succès de sa sœur, Vaishali Rameshbabu, l'avait atténuée et qu’il ne souhaitait pas se projeter sur la prochaine édition pour le moment. 

Je ne veux pas penser dès maintenant au prochain tournoi des Candidats — je veux juste me détendre et profiter des parties, et c’est ce que je fais !

— Praggnanandhaa Rameshbabu

Praggnanandhaa entouré de ses nombreux fans ! Photo : Michal Walusza/Norway Chess.

Pour l'instant, ça a l'air de marcher !

Firouzja 1-1.5 Wesley So

Alireza Firouzja a pu terminer le tournoi, les jambes sous sa chaise ! Photo : Maria Emelianova/Chess.com.

À l'approche de la dernière ronde, So était le seul joueur à avoir son destin entièrement entre ses mains, puisqu'une victoire en partie classique le rendrait impossible à rattraper. Le fait que Firouzja doive absolument s'imposer pour conserver une chance de remporter le titre garantissait un combat acharné, même si So envisageait une approche plutôt solide. Il a déclaré lors d'une interview d'avant-partie que Praggnanandhaa avait déjà accompli l'impossible, mais que remporter une quatrième partie classique d'affilée serait encore plus improbable !

Keymer a résumé l'ouverture de la partie Firouzja-So en ces termes : « Alireza se lance dans des manœuvres audacieuses, jouant en quelque sorte une Italienne inversée, ce qui, je suppose, signifie aussi qu'il est d'humeur très combative ».
Le numéro 1 français a accepté une position que l'ordinateur jugeait légèrement inférieure en échange de quelques occasions d'attaquer, même si celles-ci ne se sont jamais vraiment concrétisées. Peut-être que la poussée risquée du pion f4 aurait offert davantage d'opportunités, car son approche plus neutre n'a abouti qu'à une position sans vie au 31e coup.

 Firou et So sont passés près de la victoire finale mais l'ouragan Prag les a dépassés ! Photo : Michal Walusza/Norway Chess.

Si Praggnanandhaa avait fait nulle dans sa partie classique, l'Armageddon entre So et Firouzja aurait revêtu une importance capitale : une victoire de So lui aurait assuré le titre, tandis qu'une nulle aurait permis à Prag de forcer un barrage pour le titre en remportant lui-même l'armageddon.
Cependant, la victoire de Prag ne faisait déjà guère de doute au début de l’armageddon, et le succès convaincant de So, qui n’a jamais été inquiété avec les pièces noires, s'est révélé anecdotique.

So s'est montré satisfait de son score de +2 aux échecs classiques et a déclaré : « Si nous devions recommencer le tournoi, je m'en contenterais sans hésiter », tout en admettant sa déception d'être passé si près de remporter son premier titre au Norway Chess.
La star américaine a salué l'esprit combatif de Praggnanandhaa, qui a rendu ce retour possible, avant de conclure :

Il y a cinq jours, j’aurais estimé à 0,1 % ses chances de remporter quatre parties d’affilée, mais c’est arrivé, c’est fou ! Je ne vois pas comment j’aurais pu faire mieux. Je pense avoir tiré le maximum de points possibles de ce tournoi, et Firouzja et moi ne pouvions rien faire de plus. J’aurais pu tout lâcher dans la dernière partie, mais ce n’est tout simplement pas qui je suis.

Je pense avoir tiré le maximum de points possibles de ce tournoi.

—Wesley So

 So n'avait rien à se reprocher. Photo : Michal Walusza/Norway Chess.

La dernière partie classique opposait deux joueurs qui ne passaient clairement pas un séjour idyllique à Oslo cette année.

Carlsen 3-0 Gukesh

Avant cette ronde, le numéro 1 mondial et le champion du monde avaient chacun perdu quatre parties classiques. On a demandé à Carlsen avant la rencontre si le fait d’affronter Gukesh revêtait une importance particulière pour lui, mais il a répondu : « C’est une partie qui n’a pas vraiment d’importance », avant d’ajouter : « Il a connu un tournoi difficile — je n’ai pas particulièrement envie de lui infliger davantage de souffrances, mais on verra bien. »

 Le duel des battus. Photo : Michal Walusza/Norway Chess.

Gukesh devait s'imposer avec les noirs pour éviter la dernière place, et il a pour ce faire employé la Caro-Kann (1.e4 c6), faisant réfléchir Carlsen six minutes pour choisir sa réponse 2.c4. La partie a rapidement suivi le même scénario que la victoire du jeune Carlsen, alors âgé de 18 ans, contre Jan Smeets à Wijk aan Zee en 2009. Dans une déclaration au confessionnel, le Norvégien a qualifié cette partie de « nouvel épisode d’échecs de vieux », puisque Gukesh n’était alors qu’un tout petit enfant !

Carlsen a expliqué : « C'était juste avant que je commence à travailler avec Garry [Kasparov], et je me préparais un peu tout seul ; pour être honnête, ma préparation était plutôt *** ! ». Il a déclaré qu'il existait de nombreuses façons d'égaliser et que « les problèmes que je pose sont assez marginaux », mais en réalité, la partie a suivi le même déroulement que celle précédemment citée pendant 16 coups.

Carlsen ne se souvenait pas qu'il avait joué à l'époque 17.Fh6, mais 17.Tad1 était peut-être une amélioration, et il a rapidement pris l'avantage. C'est toutefois en finale qu'il a forcé la décision comme il l'a lui-même expliqué :

Je pense qu’il a pris quelques décisions peu réfléchies ; par exemple, sacrifier un pion avec 26...Cxd4? n’était pas nécessaire. Certes, sa position aurait été de toute façon déplaisante mais elle n’aurait pas dû être aussi mauvaise. Mais j’imagine qu’il n’était pas d’humeur à défendre de son mieux aujourd’hui. Je pense qu’il en avait un peu marre de tout ça.

 La longue chute continue pour le champion du monde. Photo : Michal Walusza/Norway Chess.

La seule inquiétude pour le numéro 1 mondial venait de la pendule : « Il n'est pas nécessaire de se retrouver à chaque fois sous une telle pression au temps ». Au 31e coup, il ne lui restait que trois minutes contre les 42 de Gukesh, mais il a tout de même converti son avantage avec brio en finale. Contrairement à 2025, il n'y a eu ni gaffe, ni coup de poing sur la table, mais plutôt une victoire convaincante 2-0 face au champion du monde.

« C'est mieux que la cinquième place ! », s'est exclamé Carlsen lorsqu'il s'est rendu compte qu'il avait dépassé Keymer pour se hisser au pied du podium, tandis que Gukesh finissait bon dernier. L'ogre norvégien a toutefois perdu plus de points Elo que le champion du monde, 17,8 contre 14,8, mais il approche les 15 ans sans interruption de règne au sommet, tandis que la star indienne se retrouve hors du top 25 mondial sur la liste Elo virtuelle.

 Carlsen a vu sa marge avec ses poursuivants se réduire. Photo : Michal Walusza/Norway Chess.

C'est toutefois Prag qui a réalisé la plus belle opération, dans un tournoi animé où il a perdu trois parties mais en a remporté cinq.
Du côté des femmes, en revanche, tout tournait autour de la deuxième place.

Norway Chess Féminin : les pièces blanches reçues 3 sur 3 !

Muzychuk s'est forgé un avantage considérable dès l'ouverture, mais les deux autres joutes se sont avérées beaucoup plus serrées. Pendant la majeure partie de la journée, il était difficile de croire que nous allions assister à trois résultats décisifs.

Muzychuk 3-0 Divya

 Muzychuk a conclu en beauté. Photo : Michal Walusza/Norway Chess.

Tout comme Carlsen s'est remémoré sa partie de Wijk aan Zee 2009, l'affrontement entre Muzychuk et Divya a replongé le commentateur David Howell dans ses souvenirs de ce même tournoi, mais dans le groupe C, où il a disputé (selon lui) l'une des meilleures parties de toute sa carrière. Les noirs avaient joué 13...h6 et avaient été punis par une miniature à cause d'un brillant 16.Fxh6!!. « C'était l'époque où j'avais l'habitude d'attaquer », s'est rappelé Howell avec nostalgie.

Muzychuk a remporté une partie tout aussi écrasante, même si elle a duré bien plus longtemps. Peu après que Howell eut raconté cette anecdote, les choses ont commencé à mal tourner pour Divya, et dès l'ouverture, elle n'est jamais vraiment parvenue à entrer dans le combat. La Sicilienne Alapine a du punch !

Cela aurait pu valoir la deuxième place à Muzychuk, si seulement Zhu n'avait pas remporté sa partie elle aussi.

Zhu 3-0 Humpy

Après sa défaite lors de la septième ronde face à Assaubayeva, la Grande Maître chinoise a terminé le tournoi par trois victoires. Dans une finale équilibrée, elle a fait la différence grâce à la synergie du couple dame + cavalier contre le duo moins assorti dame et fou.

 Zhu a signé une belle remontée pour s'offrir la deuxième place. Photo : Maria Emelianova/Chess.com.

La gestion de la pendule a également joué un rôle prépondérant : au 34e coup, Humpy n'avait plus que deux minutes contre 42, ce qui l'a poussée à la faute.

Ju 3-0 Assaubayeva 

 La championne du monde a relevé la tête dans l'ultime ronde. Photo : Michal Walusza/Norway Chess.

Le titre en poche, Assaubayeva s'est montrée très ambitieuse avec les noirs face à la championne du monde en employant la Défense Est-Indienne. Elle a réussi à égaliser de manière convaincante jusqu'à entrer dans une finale de fous de couleurs opposées avec une tour de chaque côté. Toutefois, un simple relâchement a suffi à priver la lauréate de cette édition de son invincibilité en classique.

Le MN Anthony Levin a contribué à cet article.

Où regarder ?
Vous pouvez suivre le Norway Chess en français sur nos chaines YouTube et Twitch. Toutes les parties sont également disponibles sur notre page événement : Open | Féminin.

La retransmission de la ronde 10 avec Kévin Bordi aux commentaires.

Le Norway Chess 2026 est scindé en 2 tournois, avec 6 participants et 6 participantes, dotés chacun d’une cagnotte de 1 690 000 NOK (~182 000 $). Il se déroule du 25 mai au 5 juin à Oslo, les joueurs s’affrontant à deux reprises en partie classique (120 minutes/40 coups, avec un incrément de 10 secondes à partir du 41e coup). Le vainqueur d'une partie classique marque trois points, le perdant, zéro ; en cas de nulle, chaque joueur marque un point avec un demi-point bonus délivré au vainqueur d'un armageddon (10 minutes pour les blancs, 7 pour les noirs pour qui la nulle suffit).

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Colin McGourty

Colin McGourty led news at Chess24 from its launch until it merged with Chess.com a decade later. An amateur player, he got into chess writing when he set up the website Chess in Translation after previously studying Slavic languages and literature in St. Andrews, Odesa, Oxford, and Krakow.

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