Grünfeld Defense
La défense Grünfeld est une cousine de l'est-indienne. Après les coups 1.d4 Cf6 2.c4 g6 3.Cc3, les noirs frappent au centre par 3...d5 au lieu de 3...Fg7. Si dans l'est-indienne, les noirs jouent généralement pour une attaque à l'aile roi, la Grünfeld engage plutôt un combat central. Les blancs peuvent en effet obtenir une belle masse de pions centraux, mais les noirs ont pour projet de la mettre à mal.
- Position de départ
- Variantes
- Comment jouer contre la Grünfeld
- Historique
- Parties célèbres
- Conclusion
Position de départ
La défense Grünfeld survient après les coups 1.d4 Cf6 2.c4 g6 3.Cc3 d5.
Avantages
- Défense très active
- Les noirs doivent détruire, pas construire
- Déséquilibre immédiat
Inconvénients
- Avantage d'espace pour les blancs
- Fort centre adverse
- Ouverture très théorique
Variantes
Dans toutes les lignes de la Grünfeld, le thème est le même : centre blanc contre démolition noire. Les deux principales variantes sont la russe et celle d'échange, mais les autres sont également très intéressantes.
Variante d'échange
La plus populaire, elle bénéficie logiquement du plus important corpus théorique. Elle est caractérisée par les coups 4.cxd5 Cxd5 5.e4 Cxc3 6.bxc3. Le plan le plus simple pour les noirs, si possible, est ensuite de jouer ...c5, ...Cc6, ...Fg7, et parfois ...Fg4 pour clouer le cavalier blanc et mettre la pression sur la case d4. Les blancs cherchent généralement à se développer rapidement pour jouer actif, sacrifiant parfois le pion a.
Ces lignes sont hautement théoriques, et on les retrouve fréquemment au plus haut niveau mondial.

Variante russe
Côté blanc, l'alternative principale à 4.cxd5 est 4.Cf3, auquel les noirs répondent généralement par 4...Fg7. Les blancs ont alors trois options, dont la variante russe avec 5.Db3, qui protège le pion d4 (tout comme 5.e3, qui a en revanche le défaut de bloquer le fou de cases noires) et améliore le contrôle de la case d5. La partie continue alors par 5...dxc4 6.Dxc4 et 7.e4. Les blancs obtiennent un très gros centre, mais les noirs vont pouvoir harceler la dame blanche et s'en prendre au centre avec des coups tels que ...a6, ...b5 et ...c5.
Variante Petrossian
Les blancs peuvent également opter pour le coup de Tigran Petrossian, 5.Fg5, qui jouit d'une popularité égale. La partie continue alors généralement par 5...Ce4 6.cxd5 Cxg5 7.Cxg5 e6. Les blancs donnent la paire de fous, mais obtiennent une avance de développement. Ils peuvent également défendre leur pion d par e3 sans bloquer le fou de cases noires.
Au cinquième coup, les blancs peuvent également jouer 5.Ff4, l'attaque hongroise, ou 5.e3, la variante Burille.
Attaque Brinckmann
Dès le quatrième coup, les blancs peuvent jouer 4.Ff4 pour entrer dans l'attaque Brinckmann. La partie continue généralement par 4...Bg7 5.e3 O-O. Cette variante est également parfois appelée le gambit Grünfeld, car les blancs peuvent gagner un pion, mais il est généralement difficile de le garder, comme on le voit dans la suite ci-dessous :
D'autres variantes
La variante de Stockholm avec 4.Bg5 est un gambit qui mène généralement à la suite 4...Ce4 5.Fh4 Cxc3 6.bxc3 dxc4 7.e3 Fe6.
4.Db3, la variante russe accélérée, transpose généralement dans la variante russe standard.
Le très rare gambit Zaitsev, 4.h4, a fait gagner les blancs 48% du temps sur un échantillon de plus de 100 parties de maîtres.
Il est également à noter que la variante d'échange a très bonne réputation pour les noirs, ce qui amène parfois les blancs a jouer un autre coup que 3.Cc3 pour l'éviter. Les trois principales alternatives sont 3.Cf3, 3.f3 et 3.g3. Si les noirs répondent tout de même par 3...d5, on parle alors de "néo-Grünfeld".
Comment jouer contre la Grünfeld
Après le coup 3...d5, les noirs n'ont plus de prise sur la direction que va prendre la partie, les blancs étant seuls décisionnaires. Cependant, la Grünfeld reste plus sûre pour les noirs que l'est-indienne, qui apporte elle plus de résultats décisifs. Sur 100 parties, les noirs marquent +27 -36 =36 dans la Grünfeld, et +29 -43 =28 dans l'est-indienne.
Pourtant, 3...d5 est un coup si responsable que la plupart des réponses blanches ont à peu près les mêmes statistiques. 4.cxd5 et 4.Cf3 sont parfaitement identiques (37% de victoires blanches, 27% de victoires noires, 36% de nulles), et ces deux coups représentent 75% des parties jouées dans la Grünfeld. La variante russe accélérée (45% de victoires blanches) et le gambit Zaitsev (48%) scorent mieux, mais l'échantillon sur lequel s'appuyer est beaucoup plus faible. De quoi en faire de bonnes armes surprises ?
La meilleure chance des blancs réside peut-être dans l'anti-Grünfeld avec 3.f3. Sur 3500 parties, les blancs gagnent 44% du temps. Finalement, refuser 3.Cc3 d5 aux joueurs de Grünfeld, n'est-ce pas la meilleure route à suivre ?
Historique
La défense Grünfeld tiens son nom du grand-maître autrichien Ernst Grünfeld, un des plus grands théoriciens de son temps. Il commence à jouer sa nouvelle ligne en 1922, s'offrant notamment le scalp d'Alexandre Alekhine au tournoi de Vienne. Ce dernier, visiblement impressionné, va également s'essayer à l'ouverture dans ce même tournoi, mais perdra en 26 coups. N'est pas Grünfeld qui veut !
C'est Efim Bogoljubov qui va le premier jouer la Grünfeld en championnat du monde lors de son match contre Alekhine en 1929. Il doit toutefois se contenter d'une nulle pour deux défaites. En 1935, le même Alekhine s'y essaye contre Euwe. Il remporte seulement une victoire pour trois défaites. La Grünfeld a donc de très mauvais résultats en championnat du monde, mais elle reste très respectée à haut niveau. Garry Kasparov fut notamment l'un de ses plus fervents défenseurs. D'autres grands-maîtres d'élite continuent à la jouer régulièrement, à l'instar du français Maxime Vachier-Lagrave.
Parties célèbres
L'une des plus célèbres parties de l'histoire a opposé en 1956 le jeune Bobby Fischer, 13 ans, au maître international Donald Byrne. Il s'agit de la "partie du siècle". Bien qu'elle ne commence pas par l'ordre de coups habituel, elle va transposer dans la Grünfeld lorsque Fischer joue le coup 5...d5. Le prodige va rapidement sacrifier sa dame pour mener l'une des plus brillantes attaques jamais vue sur un échiquier :
Le GMI Alexei Shirov a battu Veselin Topalov avec les noirs lors du tournoi de Linares 1998. Cette partie est surtout connue pour son finish, et notamment l'incroyable 47ème coup de Shirov.
Garry Kasparov a transformé toutes les ouvertures qu'il a touché en or, mais sa relation avec la Grünfeld était particulière. Au sommet de son art, il dispose violemment du très fort grand-maître Alexander Beliavsky en 1988 :
Comme vu dans la partie précédente, Kasparov était un expert de la Grünfeld. Imaginez donc le choc pour la planète échecs lorsque Vladimir Kramnik l'a battu avec cette ouverture à la deuxième partie de leur match pour le titre mondial en 2000. Le début d'une passation de pouvoir…
Conclusion
La Grünfeld est l'une des ouvertures les plus actives contre 1.d4, mais elle requiert un certain bagage théorique pour être efficace. Pour aller plus loin, nous vous proposons donc de découvrir toutes ses variantes grâce à notre explorateur de parties !